dimanche 26 février 2017

Sur les pas de « l'homme d'or »

En 1969, dans la petite bourgade d'Issyk, près d'Almaty, un engin de chantier qui déblayait le sol pour construire un parking mit au jour une sépulture qui contenait ce qui allait devenir le symbole national du futur État kazakhstanais. Au pied de la chaîne montagneuse du Tien Shan, l'immense plaine steppique est en effet constellée de tumulus funéraires datant de l'époque scythe, les kourganes. Si la plupart d'entre elles ont depuis longtemps été pillées, celle d'Issyk a livré un trésor inestimable : les restes d'un jeune adulte (peut-être un homme, peut-être une femme ; voir à ce sujet les travaux de J. Davis-Kimball). Quoi qu'il en soit, l'individu était en armes et revêtu d'un habit à l'esthétique étonnante et d'une rare profusion de richesses, puisque au total, le dépôt comptait 4000 éléments en or !
De nouveau en voyage dans la région cette année, j'ai profité d'une journée libre pour me rendre dans le petit musée qui a été construit à deux pas de cette découverte. Le musée n'abrite presque que des copies (les originaux se trouvent dans la nouvelle capitale, Astana) mais il vaut néanmoins la visite.
On peut évidemment apprécier ces découvertes pour leur incontestable valeur esthétique – les incroyables réalisations animalières, dont on trouvera quelques exemples dans la galerie de photos ci-dessous, ont fait la gloire de l'art scythe. Mais on peut s'intéresser aussi à ce que de telles réalisations nous disent de la société qui les a livrées.
N'étant pas particulièrement compétent sur cette période, je me limiterai à quelques références qui pourront guider utilement les lectures de chacun :

vendredi 17 février 2017

Un point sur mes publications

Voilà un court billet pour donner un petit bilan d'étape sur l'état de mes diverses publications. Le rythme des revues académiques étant ce qu'il est, il y a parfois des décalages importants entre les recherches qui donnent lieu à un article et sa parution...
  • dans le prochain numéro de L'Homme (parution imminente), on trouvera un compte-rendu que j'ai rédigé à propos du livre de Florence Weber, Une brève histoire de l'anthropologie
  • un article que j'ai écrit il y a plusieurs mois a été accepté dans la revue Artefact et devrait paraître prochainement. Il évoque les Calusa, les Asmat et les Jivaros et traite des conditions techno-économiques de l'invention des paiements (prix de la fiancée et prix du sang) : je reconsidère l'hypothèse d'Alain Testart qui la situait dans le stockage, et à partir des exceptions précitées, j'avance une réponse un peu différente. 
  • les éditions Matériologiques feront paraître très bientôt un ouvrage collectif intitulé Qu'est-ce que la science pour vous ? Quelques dizaines de chercheurs ont ainsi été invités à donner dans un texte court, leur approche personnelle de la science. Celui que j'ai écrit, intitulé « Le cardeur scientifique », tente une approche humoristico-réaliste autour d'une métaphore filée et de quelques jeux de mots aussi navrants qu'à l'accoutumée.
  • enfin, comme je le signalais dans le blog, j'ai terminé un long article qui traite de la théorie dite du surplus dans l'émergence des inégalités sociales. Il a été confié à une revue académique fort réputée... réponse, sans doute, pas avant plusieurs mois.
Parallèlement à cela, j'ai toujours en tête d'écrire un livre sur la guerre en Australie aborigène, mais pour le moment je n'ai pas eu le temps d'y plonger un orteil : différentes sollicitations m'ont en effet accaparé et en ont repoussé les délais. C'est ainsi que, pour un colloque qui s'est tenu en janvier, j'ai écrit un article sur le lien entre esclavage et paiements. Cette intervention devrait faire l'objet d'une publication, mais pour le moment, rien de précis n'est acté.
Par ailleurs j'ai répondu favorablement à plusieurs sollicitations. La plus notable (mais non la seule) est celle de Patrick Savidan, philosophe qui coordonne un Dictionnaire des inégalités et de la justice sociale qui paraîtra aux PUF. Il m'a confié la lourde tâche d'en rédiger les entrées « Alain Testart » et « Communisme primitif ». Au travail, donc...

dimanche 5 février 2017

Marx, Engels, Bachofen et une légende urbaine

« Marx et Engels à l'imprimerie
de la Deutsche Rheinische Zeitung »
(détail) 
Depuis quelques dizaines d'années, on a vu fleurir, parmi les commentateurs (universitaires) du marxisme, de multiples variations autour des supposées différences d'idées qui auraient séparé Marx et Engels. La méthode consiste à prendre des paragraphes, des phrases, voire de simples signes de ponctuation (j'en donnerai un exemple) et à en déduire les différences de nuances, voire de contenu ou de méthode, censées opposer les deux auteurs.
Évidemment, on a le droit d'analyser des textes. Mais il n'est pas interdit de le faire avec une certaine prudence (j'allais dire, un certain bon sens), tout exégète doué d'un minimum d'habileté pouvant trouver à bon compte des différences (ou des similitudes) entre n'importe quels extraits, que ceux-ci soient de la main du même auteur ou non. Or, dans le cas de Marx et Engels, on parle de deux intellectuels qui ont collaboré tout au long de leur vie, signé des livres ensemble, écrit à l'occasion des chapitres dans les livres signés de l'autre et, last but not least, partagé tout au long de leurs combats les mêmes positions politiques. Je ne peux pas me flatter de connaître l'intégralité de leur très abondante correspondance, mais dans les quelques centaines de pages que j'ai parcourues, je ne me souviens pas avoir trouvé une seule fois une critique de l'un vis-à-vis de l'autre qui dépasse la simple nuance sur un point précis, et qui porte notamment sur un texte publié.