vendredi 20 janvier 2017

Esclavage et paiements : une carte interactive en ligne

Je poursuis ici mes cogitations à propos des relations existant entre l'esclavage et les paiements, commencées dans ce billet. Je rappelle que la question est de savoir comment, dans la classification des sociétés proposée par Alain Testart l'esclavage peut être à la fois caractérisé comme richesse, et pourtant exclu de la définition explicite de l'ensemble des sociétés à richesse. Pour dire les choses autrement : l'existence de paiements (de mariage, pour compenser des dommages...) est-elle une condition nécessaire de l'apparition de l'esclavage, ou celui-ci a-t-il pu naître en-dehors des paiements (et, pourquoi pas, entraîner leur apparition) ?

Un chef Kwakiutl photographié au début du XXe siècle.
Les tribus de la Côte Nord-Ouest étaient structurées par la richesse
et pratiquaient abondamment l'esclavage. 

Rassembler les données

La première chose à faire est de collecter les faits sur la plus large échelle possible, et pour cela, de croiser deux bases de données. La première est l’Ethnographic Atlas (cf. ce billet) ; elle rassemble plusieurs dizaines de variables codées sur plusieurs centaines de sociétés par l’équipe de G. Murdock, dans les années 1960, et reste la référence majeure des vastes études comparatives. Le défaut de cet atlas est que les codages de variables sont souvent trop grossiers, et ne permettent souvent pas une approche fine des phénomènes. L’esclavage n’échappe pas à cette règle ; sans même parler des difficultés objectives de le définir par rapport à d’autres formes lourdes de servitude, les codages proposés par l’Ethnographic Atlas sont assez insatisfaisants, puisqu’ils se limitent à quatre possibilités : « absence ou quasi-absence », « naissant ou non héréditaire », « héréditaire et socialement significatif », et enfin « existant, mais de type inconnu ». Or, en rassemblant l’absence et la quasi-absence dans une seule catégorie, on s’interdit d’appréhender les sociétés pour lesquelles l’esclavage était proscrit, de celles où il était simplement peu pratiqué. Par ailleurs, les catégories assimilent l’ampleur du phénomène esclavagiste et la transmission du statut servile entre les générations, deux dimensions qui ne sont pas nécessairement liées. Quoi qu’il en soit, malgré toutes ces faiblesses, cette base de données a le mérite d’exister et de nous fournir une indication sur plus d’un millier de sociétés (1097 exactement !), ainsi que la bibliographie à partir de laquelle les données ont été codées.
La deuxième source de données est celle constituée par Alain Testart, précisément parce que celui-ci, en étudiant les pratiques liées au mariage, avait pu constater les lacunes de l’Ethnographic Atlas. On ne saurait reprocher Cartomares (qui porte sur 406 sociétés) un manque de précision, puisque cette base identifie pas moins de 29 types de prestations matrimoniales différentes ! Parmi ces 406, 250 sont communes aux sociétés pour lesquelles l’Ethnographic Atlas offre une information concernant l’esclavage. C’est donc sur cet échantillon de 250 sociétés que l'on peut commencer à raisonner.
Pour les besoins de ma question, les 29 codes de Cartomares sont un découpage beaucoup trop subtil : on veut simplement savoir ici si une société se situe dans le monde II, celui des paiements, ou dans le monde I, dépourvu de prestations en biens. J’ai cependant choisi de répartir les 29 codes non en deux, mais en trois groupes, en faisant apparaître les situations qu’on peut qualifier d’intermédiaires, ou de transitionnelles, dans lesquelles les paiements existent, mais seulement à titre marginal ou secondaire.
L'ensemble des résultats peut être visualisé par une carte interactive, consultable à l'adresse suivante : http://pise.info/mares/mares-toggle.html (attention, pour des raisons qui m'échappent, l'interactivité, qui permet de faire apparaître par un clic le nom du peuple concerné, connaît un bug sous le navigateur chrome). La couleur code donc la présence de l'esclavage, et la forme du point le type de paiements de mariage : un cercle pour leur absence, un carré pour une situation intermédiaire et un triangle pour leur présence.


Ces résultats peuvent également être rassemblés sous forme de tableau :

Paiements matrimoniaux
Esclavage-- / ++Total
Absence ou quasi-absence3215100147
Héréditaire et significatif154652
Naissant ou non héréditaire252431
Rapporté, mais de type inconnu311620
Total3826186250

Un filtrage supplémentaire

Une « maison longue » iroquoise
Ces chiffres indiquent que la proportion de sociétés à esclaves est plus faible parmi les sociétés dépourvues de paiements de mariage que parmi celles qui les pratiquent. On ne saurait cependant en rester là : ces premières données, brutes, ne tiennent en effet pas compte d'un biais important, déjà signalé par A. Testart lui-même, à savoir que si la présence de paiements de mariage indique à coup sûr l'existence de la richesse, on ne peut rien conclure de leur absence. C’est le cas, notamment, pour des sociétés matrilinéaires et/ou matrilocales, chez qui ces coutumes annulent en quelque sorte les compensations matrimoniales ; on pense aux fameux Iroquois longuement évoqués par Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État. Le mari iroquois allait vivre chez sa femme, et leurs enfants étaient rattachés au groupe de parenté de leur mère. Ces coutumes annulaient en quelque sorte la compensation normalement due par l’époux aux parents de sa femme et, bien que les sources ne soient pas très claires sur ce point, il semble que les Iroquois ignoraient le prix de la fiancée. Cela n’empêchait pas cette société de connaître les paiements – par exemple, pour enrôler une troupe lors d’une expédition guerrière, un Iroquois devait auparavant exhiber les richesses qu’il serait capable de verser comme compensation à la famille des combattants qui seraient tués. Les authentiques sociétés sans richesses (le « monde I ») ne représentent donc qu’un sous-ensemble des sociétés dépourvues de paiements de mariage et, pour passer des secondes aux premières, un tamisage supplémentaire est nécessaire.
Celui-ci doit porter sur les 6 sociétés de l'échantillon qui sont totalement dépourvues de paiements matrimoniaux (Cuna et Conibo en Amérique Latine, Chewa et Yao en Afrique de l’Est, Garo de l’Himalaya, et Yukaghir de la Kolyma), et les 11 qui les connaissent à titre secondaire (Aléoutes, Comanches, Dogon, Tiv et Katab d’Afrique de l’Ouest, Merina de Madagascar, Rwala d’Arabie, Yukaghir, Chuckchee et Koryak de Sibérie).
Il me manque encore quelques informations pour que l'inventaire soit complet ; en particulier, je n'ai pas encore trouvé le temps de lire sur les Tiv et les Aléoutes. Toutefois, je suis convaincu qu'il n'existe aucun suspense à leur sujet, et qu'ils se rangent sans ambiguïté dans le monde II. C'est en tout cas vrai de façon certaine pour les Melina de Madagascar, une monarchie qui devrait sans doute être rangée parmi les sociétés de classes.
Les trois sociétés d’Afrique de l’Est partagent plusieurs traits communs : il s’agit de ce qu’on appelle couramment de chefferies aux inégalités sociales marquées (pas seulement entre libres et esclaves), et où une part importante de l’activité consistait en expéditions de pillages ou en caravanes commerciales. Ces sociétés étant matrilinéaires et matrilocales, elles ignoraient les paiements de mariage, mais appartiennent sans aucun doute possible au monde II.
Il en va de même des trois sociétés pastorales d’Afrique de l’Ouest. Les Dogon ignoraient certes le prix de la fiancée, pratiquant une forme lourde de service. Mais ils connaissaient les transactions monétaires, utilisant pour cela des cauris, et avaient élaboré un complexe et foisonnant système d’amendes. Quant aux Katab, non seulement la présence des paiements est parfaitement établie, avec un système de versements obligatoires et d’amendes, mais l’esclavage semble y avoir été assez douteux.
Les Garos de l’Assam, bien qu’ils soient assez mal connus, semblent eux aussi typiques des tribus matrilocales du monde II marquées par le commerce et les différentes amendes.
En Amérique du Nord, les Comanche était eux aussi une société à richesse, celle-ci étant principalement évaluée en chevaux et donnant lieu à d’incessantes razzias et pratiquant abondamment les compensations pécuniaires, en particulier par adultère ou rapt de femmes, une pratique extrêmement courante.
Restent deux aires géographiques, dont l’ethnographie pose de redoutables problèmes. La première est celle de l’extrême-orient sibérien, avec différentes tribus éleveuses de rennes (Koryak, Chukchee et deux groupes distants de Yukaghir). Parmi elles, seuls les Yukaghir septentrionaux semblent avoir ignoré toute forme de richesse. Chez les Koryak, par exemple, les individus détenaient des troupeaux de tailles très différentes, de quelques têtes pour les plus modestes à plusieurs milliers pour les plus riches. Les premiers servaient souvent de gardiens aux seconds qui, seuls, avaient les moyens de commercer avec les peuples alentour pour acquérir certains objets convoités. Toutefois, au moment où ces observations ont été faites (à la fin du XIXe siècle) l’ensemble de ces peuples avait depuis longtemps été soumis à la férule de l’Etat tsariste, de ses impôts et du commerce des fourrures. Démêler ce qui résultait de cette influence et le substrat originel de ces formations sociales est très difficile. Reste néanmoins le cas des Yukaghir de la Kolyma qui, manifestement, ignoraient toute forme de paiements et d’inégalités de richesse et où l’existence d’esclaves, prisonniers de guerre astreints à faire le travail domestique (normalement dévolu aux femmes) semble fermement attesté.
Un portrait d'indien Conibo
La dernière aire géographique est l’Amérique Latine, représentée dans notre échantillon par deux sociétés, qui soulèvent des questions très différentes : il s’agit des Cuna du Panama, et des Conibo de l’Ouest amazonien. Les Cuna demeurent une énigme : outre le fait qu’il existait manifestement des paiements de compensation, au moins dans le cas de blessures, ce qui suffirait à les classer dans le monde II ou tout au moins à ses franges, l’ethnographie sur laquelle s’appuie l’Ethnographic Atlas ne fait aucune mention d’esclavage, alors que celui affirme qu’il y était présent sous sa forme la plus forte ! Jusqu’à plus ample information, je considère donc qu’il agit d’une erreur de codage. Les Conibo, en revanche, présentent un tout autre visage. Il s’agissait d’une société très belliqueuse, qui pillait allègrement en biens et en êtres humains ses voisins plus faibles – on dit que les femmes conibo détestaient tisser, et que cette tribu parvenait à se vêtir uniquement avec le fruit de ses rapines. Les Conibo pratiquaient un esclavagisme assez intensif, se distinguant eux-mêmes par diverses modifications corporelles, dont l’allongement crânien ou l’excision. Sans entrer dans les détails, la société conibo – dont l’ethnographie repose sur des compte-rendus assez fragmentaires remontant à plusieurs siècles – pose un certain nombre énigmes concernant l’éventuelle présence de la richesse. On ne trouve manifestement pas de mention de paiements pour des mariages, ni de compensations pour blessures ou meurtres. Cependant, cette société était marquée par des fêtes exubérantes qui rappellent une utilisation privilégiée de la richesse dans ce qu’A. Testart appelait les « ploutocraties ostentatoires » :
[La] fête [appelée ani shreati, de la puberté des filles], qui avait lieu lors de la pleine lune, agissait comme un signal démographique par lequel le village hôte annonçait disposer d’épouses potentielles à ses voisins qui habitaient en amont ou en aval. Un ani shreati réussi attirait des centaines d’invités, qui devaient tous être nourris et servis avec des quantités prodigieuses de bière de manioc. (DeBoer 1986 : 238)
La situation des Conibo vis-à-vis des paiements reste donc imparfaitement définie et, hélas, la maigreur de notre documentation ethnographique risque de nous priver à jamais de certitudes.

Conclusions (provisoires)

On peut donc considérer qu’à de très rares exceptions possibles près, la loi implicitement formulée par A. Testart : les sociétés à esclavage sont bel et bien un sous-ensemble des sociétés à paiements, donc à richesse. L’affirmation selon laquelle l’esclave est une richesse n’est pas une simple définition, mais elle exprime une loi sociologique.
Il existe cependant deux manière d'interpréter ces résultats.
La plus intuitive consiste à dire que la richesse est la précondition du développement de l'esclavage : dans les sociétés sans richesse, accumuler des biens n'apparaissait pas comme particulièrement souhaitable, ce qui explique l'absence de travail servile. Il est également probable, comme le pensait déjà Nieboer (1911) que contrôler et exploiter un chasseur est par essence assez malaisé. Ce sont donc les paiements qui ont inauguré une séquence qui s'est prolongée par le développement de l'exploitation et, dans certaines régions et pour des raisons restant à déterminer, la forme juridique particulière de l'esclavage.
Mais on pourrait également imaginer un autre scénario : que l'esclavage soit parfois (souvent ? - en tout cas, pas toujours) apparu en premier, mais que dans ce cas-là, il ait entraîné très rapidement et de manière inéluctable le passage aux paiements. Je ne vois aucune raison d'accepter une telle hypothèse, qui paraît à la fois lourde et ad hoc (en quoi l'esclavage rendrait-il les paiements nécessaires ?). Mais, il faut le souligner, je ne vois pas non plus d'argument qui permettrait de l'écarter à partir des observations disponibles.
Dans un prochain billet, je proposerai une représentation visuelle des relations entre stockage, paiements et esclavage, qui esquissent ce qu'on peut appeler (un peu pompeusement ?) une cartographie sociale du monde II.

5 commentaires :

  1. Salut Christophe,

    ça fait quelques temps que je n'avais pas posté de commentaire sur ton blog - mais je suis de retour ;-)

    Je voudrait savoir comment ta typologie "simplifiée" des paiements matrimoniaux intègre les cas de retour à la naissance d'un enfant, ou de retour du fait de mariages prescriptifs (les deux se recoupant parfois me semble-t-il) qui viennent équilibrer les échanges, de sorte que les possibles dettes - et avec elles l'esclavage pour dette, ou le gage - s'annulent.

    A propos des Tiv, je compte lire quelques références, notamment The Tiv of Central Nigeria de L. & H. Bohannan - conseillé par Balandier. Je te tiens au courant si j'y trouve des informations pertinentes. Mais je peux déjà te dire qu'ils avaient une assez forte densité démographique en comparaison de leur voisins (environ 200 hab/km² pour les estimations les plus basses), et qu'ils pratiquaient l'agriculture - la pression démographique occasionnant de nombreux conflits autour de la répartition des terres entre les lignages.

    Bien à toi

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  2. Re,

    Alors, en effet, les Tiv font parfaitement parti du monde II. On y trouve un prix de la fiancée - bien qu'assez faible [L. & P. BOHANNAN, 1969 : 72], l'esclavage y était présent et héréditaire [Ibidem : 45-46] avant que l'Etat colonial n'y mette fin. Il y aurait même été occasionnellement pratiqué une forme d'accompagnement funéraire par des esclaves récemment pris à la guerre - j'insiste sur le conditionnel car les deux lignes que dure cette précision laisse penser que les auteurs n'en ont peut-être entendu parlé qu'une fois en passant.

    A+

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    1. Hello Tangui

      Désolé du délai de réponse, je manque à tous mes devoirs. Je n'ai pas eu le temps de me procurer le bouquin de Bohannan, mais je suis tombé sur un article fort intéressant, qui montre que la société Tiv était toute entière traversée par des questions de richesses et de commerce. Les précisions sur les circonstance du mariage "par échange" et "par bridewealth" font défaut, de même que les éventuels wergeld ou amendes. Mais je crois que le doute n'est guère permis. L'article, dont je ne sais pas dans quel cadre il est paru, s'intitule : "Some Principles of Exchange and Investment among the Tiv".

      Par ailleurs, tu es un gros tricheur. ;-)

      La règle stipule qu'on doit déterminer si l'esclavage existe seulement là où il existe la richesse... sous une forme autre que celle de l'esclavage, forcément, sinon c'est une tautologie et ce n'est pas du jeu. Tu écopes donc d'un avertissement sans frais, mais au prochain écart, ce sera un gage (et attention, j'ai l'imagination fertile).

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    2. Il me semble bien avoir dit que les Tiv pratiquaient une forme de prix de la fiancée faible (je précise maintenant qu'il consiste en "un montant d'un ou deux livres, une chèvre, et le cadeau à la belle-mère" - il y a donc bien une richesse qui n'est pas de l'esclavage.

      Le problème, c'est que cette forme de mariage par achat des droits sur la femme était une forme récente. Tandis que la forme de mariage la plus courante (au temps où l'esclavage était encore pratiqué par les Tiv) était l'échange de sœur. On aurait donc "¬ de paiement" avec "esclavage" puis "paiement" avec "¬ d'esclavage". Pourtant ça semble coller avec une autre logique : l'esclavage chez les Tiv se faisait (exclusivement?) par capture, et un ancien mode d'union pouvait aussi recourir à l'enlèvement. Ce à quoi l'Etat colonial a ensuite mit un terme. Finalement, le seul point noir de l'histoire Tiv me semble être celui de l'apparition des paiements - si on admet que la richesse y existait aussi bien avant qu'après la colonisation.

      Je te retranscris un passage intéressant à ce sujet : " From their cash crops and other exports Tiv realize a considerable amount of money and are said by many Europeans to have much more wealth (in money and goods) than many of their neighbours and other pagan tribes of Nigeria. Tiv buy imported cloth in large quantities, though they still weave at least half of the cloth that they use and weave a great deal more for export (to neighbouring tribes and to Ibo buyers at markets). In the past one type of cloth (the tugudu) formed the standard of value in which most other goods coulds be priced; it was not, however, a currency in the strict sense of the term." [Bohannan, 1969 : 53]

      Et pour le plaisir : "Tiv prize European axe" [Ibidem] Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai pu lire que tel ou tel peuple appréciait les haches importées par les Européens :,D

      Je vois à quel article tu fais référence. J'avais pu le parcourir il y a quelques temps, j'y rejetterai un coup d'œil s'il est aussi intéressant que tu le dit.

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    3. Sur l'esclavage, je te taquinais. Il existe quelques sociétés où la richesse ne s'exprime pas (ou très faiblement) par les compensations matrimoniales. C'est souvent le cas avec les sociétés matrilocales, mais il y a quelques exceptions, dont les Tiv semblent faire partie. En fait, ce qu'il faudrait débusquer, ce sont des paiements en-dehors du mariage : wergeld, ou compensations financières diverses (certans peuples mettent un soin inépuisable à chiffrer les torts), par exemple pour adultère, viol, non-respect d'une interdiction religieuse, etc.

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