lundi 28 mars 2016

Deux rencontres... et une manifestation

La semaine qui vient va être bien remplie. D'abord, parce qu'évidemment, il y a la manifestation contre la loi-travail de jeudi, et qu'il faut tout faire pour qu'elle soit la plus massive et enthousiasmante possible.
Ensuite, parce que je vais animer deux événements.
Le premier aura précisément lieu jeudi soir, après la manifestation. Et double coup de chance, c'est à deux pas de la place de la Nation ! À 20h00, je présenterai mon dernier bouquin, Le profit déchiffré, à la librairie Quilombo. J'éviterai de parler trop longtemps, et cette soirée devrait surtout être l'occasion d'échanger avec celles et ceux qui me feront l'amitié de venir me rencontrer.
Le second événement aura lieu samedi, à la Sorbonne, à 14h00. J'interviendrai dans une séance du séminaire Marx au XXIe siècle, sur le thème : « Le matérialisme historique et les sociétés primitives ». Foin de longs développements théoriques sur les infrastructures, les superstructures, la dialectique des forces productives et des rapports de production, ou encore les déterminations en dernière instance qui ont rempli des livres entiers dans les années 1960, j'orienterai mon exposé sur le fait que le matérialisme, pour expliquer les faits sociaux... cela marche, tout simplement. Je développerai l'exemple de la naissance de la richesse et des inégalités matérielles, avec des éléments nouveaux par rapport à ma Conversation. Comme j'ai pu l'écrire sur ce blog, le cas des Calusa et des Asmat représente un défi pour la théorie développée par Alain Testart, qui voit dans le stockage la clé de la transition vers la richesse. J'avancerai donc, pour la première fois, une explication alternative. Je sens déjà monter le suspense...
Bon, en attendant, il faut prendre les choses dans l'ordre, que ce soit pour la chronologie et pour l'importance : tous dans la rue jeudi ! Pour le reste, on verra ensuite...

jeudi 24 mars 2016

Une critique de ma Conversation...

Par Jacques Trémitin, pour le compte de la revue Lien social. Celle-ci la publie sous forme écrite (voir-ci dessous), mais on peut également  en trouver une version enregistrée sur la webradio Le trottoir d'à côté.
Cette conversation d’un économiste avec lui-même, dans une collection intitulée Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, est rien moins que passionnante. Elle permet de combattre l’idée reçue de la fatalité d’une inégalité qui aurait existé de tous temps. Trois types de société se sont succédé dans l’histoire : égalitaires, inégalitaires et celles divisées en classes sociales.
Dans les premières, on ne trouve ni propriété privée, ni hiérarchie sociale : le partage est la seule logique admise. Personne ne conçoit de disposer de nourriture sans en donner à celui qui n’en a pas, le produit de la chasse étant souvent destiné aux autres, chaque chasseur étant nourri par ce qu’il reçoit d’eux. Les chefs ne tirent alors leur autorité non de la soumission ou de la contrainte, mais de leur sagesse et de leur générosité, sans qu’aucun privilège ne soit attaché à leur fonction de pacification. Ce ne sont pas seulement les inégalités de richesse qui sont alors ignorées, mais la richesse elle-même. Ce n’était pas, pour autant, des sociétés idéales, n’étant à l’abri ni de la violence endémique, ni de l’oppression d’un sexe par l’autre.
Le passage à l’agriculture et à l’élevage, pratiques économiques favorisant à la fois la sédentarité et le stockage, permit les premières accumulations de biens. Pourtant, si la répartition inégalitaire devint possible, ce ne fut pas pendant longtemps au détriment de la communauté, les stocks continuant à servir aussi aux plus démunis. La société de classe émergea, dès lors où une minorité réussit à se libérer des tâches productives et où le reste de la société ne put accéder aux moyens de production qu’en abandonnant une partie de son produit à ceux qui les possédaient. Si l’Homo Sapiens est apparu il y a 200 000 ans, la domination de classe débuta, selon les continents, il y a seulement 5 000 à 10 000 ans.

jeudi 17 mars 2016

Le profit déchiffré est paru !

Aujourd'hui 17 mars, c'est le grand jour : Le profit déchiffré, mon nouveau livre, est officiellement en vente. Pour 15 euros, et sur 220 pages, il explore trois questions à la lumière de la théorie économique marxiste : d'où vient le profit ? Qu'est-ce qu'un travail productif ? Comment comprendre la rente ? Et en plus, il est beau !
J'espère que ce livre apportera quelques éclairages nouveaux sur des sujets qui, pour certains, ont déjà été beaucoup traités. Et je suis impatient de la réaction de mes lecteurs.
Et puisque les circonstances avaient décidé de me faire un clin d’œil, aujourd'hui était aussi jour d'assemblées générales et de manifestations sous un beau soleil qui en appelle d'autres, afin d'infliger une gifle cinglante à ce gouvernement de guerre sociale contre les travailleurs.
Pour un bouquin paru dans une collection nommée Mouvement réel, et histoire de paraphraser une réplique célèbre : « C'est un beau jour pour paraître ! »

dimanche 13 mars 2016

Visite à Tamgaly

Le canyon contenant les principaux groupes de pétroglyphes
De nouveau pour quelques jours au Kazakhstan, j'ai saisi l'opportunité pour aller admirer les extraordinaires pétroglyphes de Tamgaly, un site maintenant classé par l'Unesco, mais si loin de tout qu'on y déambule sans presque rencontrer âme qui vive.
Ce fut vraiment une très belle journée. Trois heures de route souvent cahotante, et au milieu d'une steppe sans fin, de petits reliefs doux qui révèlent leurs trésors : des milliers de pétroglyphes (gravures sur pierre) dont la plupart datent de l'âge du bronze (de -1800 à -1200). Si les représentations animalières dominent, on voit aussi quelques scènes figurant des humains, et quelques mystérieux personnages, dont d’énigmatiques « têtes de soleil ».
Et pour finir, un pique-nique arrosé de vin artisanal, sous un soleil radieux et un mercure printanier, à contempler l'immensité de la plaine kazakhe.
Merci à Marie-Anne Serve, qui organisa l'expédition de main de maître. Et merci à Renato Sala et Jean-Marc Deom, archéologues établis depuis vingt ans dans la région et qui furent d'irremplaçables guides.

samedi 5 mars 2016

Une recension... et une réponse

La revue Clio a publié dans son dernier numéro un double compte-rendu, consacré à la fois au livre d'Alain Testart, L'Amazone et la cuisinière (auquel j'avais moi-même consacré ce billet) et mon Communisme primitif. Agnès Fine, qui en est l'auteur, se réclame manifestement de la pensée structuraliste de C. Lévi-Strauss et de F. Héritier ; si le bilan qu'elle tire du livre n'est pas négatif, elle émet tout de même plusieurs réserves, dont certaines auxquelles j'aimerais répondre. Mais tout d'abord, voici le copier-coller le la seconde partie du compte-rendu, qui traite spécifiquement de mon livre :
Le livre de Christophe Darmangeat, économiste marxiste, s’intéresse aux acquis de l’anthropologie sociale actuelle, en particulier aux travaux de Testart, dans un but différent de ce dernier. Il se propose en effet de réviser de manière critique le livre fondateur d’Engels paru en 1884, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, sous-titré À propos des recherches de L.H. Morgan ». Il souligne en effet que les marxistes d’un côté, la majorité des anthropologues de l’autre, pour des raisons idéologiques opposées, n’ont pas réellement discuté les thèses d’Engels pour les actualiser, si l’on excepte quelques tentatives rapides de la part d’anthropologues marxistes (Godelier, Meillassoux, Leacock) dans les années 1960-1980. C’est donc ce qu’il cherche à faire cent trente ans après Engels. Son livre comprend deux parties indépendantes. La deuxième partie, sur laquelle je ne m’étendrai pas, intitulée « Une histoire de famille », s’attache essentiellement à présenter et critiquer les thèses de Morgan sur la parenté, en particulier son évolutionnisme et de manière plus large tout évolutionnisme quant aux formes de parenté. Elle forme un ensemble assez homogène, isolé du corps de l’ouvrage dans la deuxième édition, sans doute pour son caractère un peu trop « technique », mais surtout parce qu’il n’entrait pas directement dans les préoccupations centrales de l’auteur exposées dans la première partie.

mercredi 2 mars 2016

Des publications...

En plus de mon Profit déchiffré, qui arrivera chez tous les (bons) libraires le 17 mars prochain, plusieurs textes de ma plume sont tout récemment parus, ou en voie de l'être.
Tout d'abord, l'article « Don, échange et autres transferts ; Formes simples, hybrides et composées », qui vient d'être publié dans le numéro 216 de la revue L'Homme, et dont voici le résumé :
« L’article prolonge les travaux d’Alain Testart et de François Athané, reprenant l’idée qu’une société sans État n’est pas pour autant une société sans droit et que le critère de l’exigibilité s’avère universellement valide afin de caractériser les différents transferts de biens. Revenant sur la définition de l’échange obligatoire et sur la classification des transferts illégitimes, il explore ensuite les situations intermédiaires entre les formes pures de transferts, qui avaient motivé la réflexion initiale de Marcel Mauss. Il distingue les cas d’indétermination (privilégiés par l’Essai sur le don), des cas de combinaison. Plusieurs exemples historiques et ethnologiques sont examinés, en particulier celui du tee de Nouvelle-Guinée, qui se révèle constituer une articulation originale d’échange et de don. »
Ensuite, l'article coécrit avec Jean-Marc Pétillon, à propos du refus, réel ou supposé, de l'arc et du chien par l'Australie aborigène, qui sera publié dans les jours à venir par la revue Techniques & cultures (une version courte de l'article sera publiée sous forme papier, et la version intégrale le sera en ligne).
Ensuite encore, j'ai collaboré au dernier numéro de Regards croisés sur l'économie, à propos des types de sociétés qui connaissaient la dette publique. C'était un sujet sur lequel je me sentais a priori assez mal armé ; cependant, les recherches que j'ai effectué m'ont permis de réaliser avec un peu d'étonnement qu'au sens strict, la dette publique n'est pas seulement limitée aux sociétés étatiques, mais au sein de celles-ci, au capitalisme moderne.
Enfin, il semblerait, après quelques vicissitudes, que l'article que j'avais écrit il y a presque un an et demi pour un public anglophone, à propos de l’œuvre d'Alain Testart et de son rapport avec le marxisme, se soit décidé à paraître. Ce sera (peut-être ?) dans le prochain numéro de Historical Materialism. Je posterai alors sur ce blog la version française de l'article.