dimanche 19 juillet 2015

Lire (ou relire) François Sigaut (1940–2012)

Je l'avoue bien humblement : jusqu'à ce qu'une série de clics sans but défini m'amène sur sa page il y a quelques semaines, je n'avais jamais entendu parler de François Sigaut. Pire, si j'avais eu l'occasion de lire quelques paragraphes de sa main, j'ignorais le nom de leur auteur et ce, pour une bonne raison : celui-ci n'était pas mentionné. Ces paragraphes – une réponse cinglante aux élucubrations postmodernes du trop fameux Bruno Latour, à propos de la mort de Ramsès II – avaient été publiés semble-t-il anonymement, dans le courrier des lecteurs de La Recherche.

J'ai donc retrouvé, sur le site de François Sigaut, la version intégrale (et jubilatoire) de cette réponse, en ayant au passage confirmation qu'elle avait été « tronquée » et « censurée » lors de sa parution. Je ne connais pas les circonstances exacte de cette censure (je tâche actuellement d'en savoir davantage), mais le fait même qu'un Bruno Latour soit encore aujourd'hui, comme il l'est depuis des années, considéré comme la fine fleur de la pensée, tandis qu'un François Sigaut ait dû se battre pour publier la réfutation de ses énormités en dit malheureusement très long. Toujours est-il que cette réfutation, dont chaque phrase touche juste, mérite d'être non seulement lue, mais véritablement étudiée.

Lorsque, peu après avoir découvert son existence, j'ai évoqué le nom de François Sigaut devant un collègue spécialiste de l'économie médiévale, qui l'avait bien connu, celui-ci m'a dit mot pour mot : « Il avait un vrai talent pour susciter l'hostilité des imbéciles ; ce qui, généralement, est un signe d'intelligence. » Je ne me suis pas enquis de l'identité des imbéciles en question mais, à tort ou à raison, je pressens bien un premier nom sur la liste.

Je n'ai pour le moment qu'une connaissance bien superficielle de l’œuvre vaste de François Sigaut. Agronome de formation, celui-ci avait été étendu ces centres d'intérêts à des domaines aussi variés que la préhistoire, l'anthropologie sociale, l'archéologie et, par-dessus tout, l'histoire des techniques. Je me suis donc contenté de parcourir les titres des dizaines d'articles qu'il a rédigés, piochant ceux qui me semblaient les plus prometteurs. Et, je dois bien le dire, j'ai très rarement été déçu.

vendredi 10 juillet 2015

Quand les Jivaros font bouillir les têtes... des anthropologues

Une tsantsa, tête réduite jivaro
Les Jivaros sont bien connu pour leur coutume consistant à réduire les têtes de leurs ennemis. Mais ce peuple de l'ouest amazonien, qui vit sur les contreforts de la Cordillière des Andes, possède bien d'autres traits dignes d'intérêt, en particulier vis-à-vis du vaste questionnement sur la manière dont les sociétés humaines ont connu une transition vers la richesse et les inégalités matérielles.

Les informations sur lesquelles je m'appuie dans ce billet proviennent de l'ethnographie que leur a consacrée Michael Harner, qui les a étudiés dans les années 1950, et dont il faut souligner la qualité. M. Harner décrit des faits sociaux d'une manière aussi simple qu vivante ; il évite tout vocabulaire technique et pire, les développements abscons ou pédants qui parsèment trop souvent les ouvrages d'anthropologie. Là, rien de tout cela : le lecteur est face à une description vivante, et a toujours le sentiment que l'auteur fournit lui la matière première pour adhérer, ou réfuter, les raisonnements qu'il propose. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le livre (fait rare), est disponible en français et en collection de poche.

Au moment où il les étudie, M. Harner précise que les contacts directs des Jivaros avec les Blancs étaient restés presque inexistants. En revanche, un flux relativement important de marchandises (en particulier les machettes à lame de fer et les fusils) leur parvenait régulièrement, par autres tribus interposées, qui avait manifestement commencé à transformer en profondeur leurs rapports sociaux.

samedi 4 juillet 2015

La caverne du Pont d'Arc, c'est chouette !

La caverne

Ca y est, j'y suis allé – qui plus est, en bonne compagnie : la réplique de la grotte Chauvet, baptisée Caverne du Pont d'Arc. Eh bien, il faut le dire : c'est très réussi. La reproduction ne respecte pas les dimensions de la grotte originale : les salles ont conservé leur taille, mais elles ont été rapprochées les unes des autres. Pour ce qui est des textures des roches, des couleurs des dessins, ou de l'aspect des gravures, tout semble absolument réel et il est impossible (en tout cas, à l’œil non expert) de soupçonner qu'il s'agit de résine (on peut voir sur ce site un reportage sur cette réalisation technique).

La visite elle-même est très cadrée : il faut réserver sur le net, et des groupes de 25 personnes se succèdent toutes les quatre minutes. Les explications des guides sont donc formatées ; pas question de s'attarder ou de baguenauder, le groupe suivant n'est jamais très loin. On peut néanmoins poser des questions... à la fin. En soi, ce format n'a rien de scandaleux ; il permet de s'imprégner de l'ambiance du lieu, et paraît mille fois préférable à une déambulation désorganisée, où les paroles des guides, tout comme les visiteurs, se télescoperaient. Cela dit, on en ressort quand même avec un petit goût de trop peu. Une heure pour voir tout cela, c'est bien court ; bien qu'elles se limitent aux questions d'art proprement dites, les visites ne permettent même pas de tout montrer, et quelques œuvres pourtant fort jolies sont ignorées du guide, et ne peuvent donc, au mieux, bénéficier que d'un coup d’œil lointain du visiteur curieux. Une demi-heure supplémentaire serait donc franchement bienvenue. Cela dit, il semble question, hors saison, d'autoriser les visites libres – là, on est en plein rush estival, et le site vient d'ouvrir.