samedi 30 mai 2015

Le plus ancien homicide connu

Une équipe d'archéologues vient de publier un article dans lequel elle identifie ce qui semble être la trace du plus ancien homicide connu.

Un crâne, issu du site d'Atapuerca (Espagne), a été presque entièrement reconstitué et il présente une double lésion pre-mortem au dessus de l’œil gauche, dont il paraît fort peu probable qu'elle puisse être accidentelle. Ce crâne, appartenant à un homme de Néanderthal, est daté du Paléolithique moyen, aux alentours de 430 000 ans avant le présent, une période pour laquelle on dispose d'un nombre de squelettes extrêmement réduit.

Ce faible échantillon interdit de tirer toute statistique, et les préhistoriens qui se sont sérieusement attelés à la question de l'estimation de la violence dans ces âges reculés se sont heurtés à de redoutables difficultés. Mais cette découverte représente incontestablement une pièce supplémentaire au dossier, et de première importance.

vendredi 29 mai 2015

Un courrier à propos d'Emmanuel Todd

Un internaute m'écrit, qui a accepté de rendre l'échange public :
Bonjour

Je me permet de vous contacter, venant de découvrir en tant que modeste Bouvard et Péchuchet de conviction marxiste les travaux de Todd (uniquement par plusieurs heures de vidéos de conférences) puis au détour d'un conseil sur facebook votre blog et ce que vous dites de lui.

Je ne connais rien en anthropologie, si ce n'est ce que Todd a exposé, et quelques éléments du structuralisme de Lévi-Strauss. Je suis biologiste et toujours en interrogation très largement sur l'histoire des sciences (pas seulement en biologie bien sûr).

Dans un premier temps mon intérêt pour Todd est réel mais pas béat. Je me dis que Todd refuse la grille de lecture lutte de classe et absolutise une forme de causalité. Mais je me dis plus généralement que toute découverte peut avoir son intérêt à condition qu'elle trouve sa place dans une théorie plus large qu'elle ne contredit pas forcément ou partiellement (je dirais dialectiquement pour faire bien!!)

jeudi 21 mai 2015

L'égalité des sexes au Paléolithique « démontrée »... par un modèle mathématique !

Un chasseur Agta (Philippines)
Merci à Jean-Philippe Deranty de m'avoir signalé les articles qui forment la matière de ce billet.

« Les premiers hommes et femmes étaient égaux, affirment les scientifiques » : c'est par ce titre assez peu précautionneux que le journal britannique The Guardian a rendu compte d'une récente publication de l'anthropologue Mark Dyble... et a piqué ma curiosité.

On ne peut en effet manquer de se demander par quelle méthode on serait enfin parvenu à une connaissance aussi certaine des rapports entre les sexes dans la lointaine préhistoire – d'autant qu'on peut avoir quelques raisons de supposer les rapports en question assez éloignés de ce qu'en dit le Guardian. Je suis donc allé jeté un œil attentif sur l'article de Mark Dyble.

mercredi 13 mai 2015

Emmanuel Todd et les systèmes familiaux – suite (et fin ?)

Il y a quelques temps, j'avais abordé dans ce blog, avec un œil passablement critique, les développements d'Emmanuel Todd concernant le rôle et l'évolution des structures familiales (c'était dans ce billet, puis dans celui-là). À l'époque, comme on peut le voir, plusieurs personnes avaient vigoureusement défendu son point de vue, m'adressant au passage quelques reproches d'une amabilité relative.

Il se trouve qu'Emmanuel Todd était hier invité à exposer ses travaux dans un séminaire public organisé par le LIED, un laboratoire de l'Université Paris Diderot dans laquelle je travaille. J'y suis donc allé, et je n'ai pas perdu mon après-midi.

Une histoire de structures

La première partie de la conférence exposait ce qu'E. Todd appelle lui-même la dimension structuraliste de sa théorie, à savoir le fait que les structures familiales déterminent de manière plus ou moins stricte les autres dimensions de la structure sociale – tout particulièrement ses structures politiques. Ce que j'ai entendu a confirmé à peu près en tout point ce que j'avais compris de mes différentes (et certes succinctes) lectures... et les désaccords profonds que j'en retire. Ceux-ci procèdent principalement de deux ordres :

samedi 9 mai 2015

« Danse avec les papous » : la video en ligne

Dans ce billet, j'écrivais tout le bien que j'avais pensé des deux documentaires de Marc Dozier qui organisaient une rencontre « d'ethnologie inversée » entre des Huli de Papousie et la société française. À ce moment-là, seul le premier documentaire, Le tour de France de deux Papous, était visible en ligne.

Je découvre à l'instant que la suite, tout aussi pleine de charme et d'intérêt, est disponible sur Youtube. Dépêchez-vous de la voir avant qu'un éventuel procès ne l'en fasse disparaître :


Danse avec les papous - M. Dozier - 53 mn

jeudi 7 mai 2015

Non, je ne tourne pas Kazakh

https://drive.google.com/open?id=0B3fKhaJW4g5TVFMtUG5oakVYRjQ&authuser=0
L'affligeant jeu de mots qui annonce ce billet m'a été imposé par les circonstances, à savoir la parution d'une interview de votre serviteur dans le magazine Национальный Музей Республики Казахстан (qui doit ressembler d'assez près à « Musée National - République du Kazakhstan »).

J'épargnerai à mes lecteurs la traduction intégrale de mes propos (qui, comme toujours, manient des concepts aussi profonds qu'érudits avec une rare élégance stylistique). Je tiens néanmoins à dire que je ne suis pas peu fier d'avoir fait mentionner dans un journal à publication nationale et ce, sous un régime assez peu porté sur l'idéal communiste, le nom de Léon Trotsky, résident forcé d'Almaty en 1927-1928 ; il est de surcroît précisé que j'en suis un fervent lecteur et que je suis fort étonné que son souvenir soit totalement absent de cette ville – cela se passe sur la première page, en bas de la première colonne.

Par les (sales) temps qui courent, on a les petits plaisirs qu'on peut.