mardi 27 janvier 2015

Note de lecture : La génétique néolibérale. Les mythes de la psychologie évolutionniste (Susan McKinnon)

Voilà un petit livre (143 pages hors références) fort recommandable. L'auteur, une anthropologue américaine, se propose de régler son compte à une série de travaux se réclamant de la « psychologie évolutionniste », un avatar récent de la sociobiologie. Novice sur ce sujet, j'avais déjà rencontré les arguments des psychologues évolutionnistes – et surtout, les raisons de ne pas les suivre – dans ce livre de Pascal Picq. Le texte de Susan McKinnon, en ce qui me concerne, vient à point nommé pour enfoncer quelques clous et ouvrir quelques nouvelles pistes de réflexion.

La psychologie évolutionniste (dont le représentant le plus connu, au moins par moi, est Steven Pinker) est ce courant qui ambitionne de rendre compte d'un certain nombre de comportements humains actuels (et passés) par le fait biologique. Étant donné que les êtres humains sont, comme toute forme de vie sur Terre, le produit de l'évolution biologique, nos gènes, ainsi qu'un certain nombre de caractéristiques comportementales, sont un héritage de la période où cette sélection naturelle nous a façonnés. Déterminer quel est cet héritage génétique, quels sont ces comportements qui en découlent, et pour quelles raisons ces gènes et ces comportements ont été sélectionnés, tel est l'objet de la psychologie évolutionniste, qui se veut donc une quête scientifique de la nature humaine. Plus particulièrement, la psychologie évolutionniste ambitionne d’expliquer les phénomènes de solidarité ou d’hostilité (via la proximité génétique), ou encore les différences de comportement entre les sexes en ce qui concerne, notamment, le choix du partenaire ou la jalousie (via la pression différente qui se serait exercée sur chacun d’eux étant donné leur place spécifique dans la reproduction).

mardi 20 janvier 2015

On parle de ma Conversation...

Le magazine Sciences Humaines consacre un dossier spécial aux inégalités et les deux ouvrages mentionnés dans l'introduction sont ma Conversation et le livre de... Thomas Piketty.

Que dire ? Je saurai me montrer à la hauteur de la situation, et je le clame haut et fort : pas la peine de me proposer la légion d'honneur, moi aussi je la refuserai.

lundi 12 janvier 2015

Il n'y a pas de bonne religion


Les événements des jours passés ont suscité une immense vague d'émotion, et comme bien des gens, j'ai passé une semaine nauséeuse, plombée par l'horreur du massacre des membres de Charlie Hebdo, des policiers et des clients juifs du supermarché casher.

Mais à cette douleur s'est ajoutée, peu à peu, l’écœurement face à la vaste opération politique qui s'en est suivie. À l'occasion d'une manifestation dite d'unité nationale, l'émotion de la population a été utilisée pour serrer les rangs derrière Valls et Hollande - dont la politique intérieure et extérieure, à l'image de celle de leurs prédécesseurs, porte une lourde responsabilité dans les événements actuels. Et comme plus c'est gros, plus ça passe, la manifestation a même servi à faire la promotion démocratique de ces farouches progressistes que sont Cameron, Merkel ou Rajoy - celui-là même qui voulait supprimer le droit à l'avortement il y a peu - auxquels se sont ajoutés, entre autres et pour faire bonne mesure, des démocrates et humanistes aussi distingués que Viktor Orban, Ali Bongo, le roi de Jordanie, Avigdor Lieberman ou Naftali Benett (liste non limitative et non hiérarchisée).

Comme un écœurement en appelle d'autres, l'actualité a aussi fourni son lot d'exactions commises par des crétins « de souche » qui ont attaqué des mosquées, ou les provocations de ces gosses qui ont justifié les meurtres et perturbé les minutes de silence.  

Sur tout cela, il y aurait sans doute bien des choses à dire ; mais c'est sur un point précis que j'ai eu envie de réagir sur ce blog. Je veux parler de ce refrain – plus précisément, cette antienne – répété à l'envi sur toutes les chaînes sans que personne ne semble devoir le démentir, selon lequel (en substance) : « ce n'est pas cela l'Islam », « ce n'est pas cela la religion », que « les religions sont amour et respect de l'autre » et autres fadaises de la même eau bénite.

samedi 3 janvier 2015

Note de lecture : Dette, 5 000 ans d'histoire (David Graeber)

À long livre, long compte-rendu...

Voilà un ouvrage qui n'est pas aisé à lire, et moins encore à résumer. Avec lui, David Graeber, anthropologue américain aux sympathies actives pour une certaine mouvance libertaire, a voulu ouvrir de larges perspectives sur un problème d'une brûlante actualité. Il en résulte un texte fourni (près de 500 pages, hors bibliographie et notes), incontestablement érudit, mais souvent touffu, qui relève, en plus de l'anthropologie, de l'économie et de l'histoire, de la philosophie, de la sociologie et des questions religieuses. Inutile de préciser que je ne me sens pas les compétences pour aborder tous ces aspects ; je suis à peu près ignare en ce qui concerne les civilisations et la pensée chinoises, indiennes ou arabes, et guère moins pour ce qui touche au Moyen Âge occidental. De même, les longs développements que le livre consacre aux questions strictement monétaires mériteraient à eux seuls une discussion serrée que je ne me sens pas apte à mener. Ce compte-rendu (fortement) critique ne prétend donc pas faire le tour de toutes les questions soulevées par le livre, mais se borne à en relever certains points qui m'ont paru particulièrement problématiques.