dimanche 30 novembre 2014

L'arc, l'Amérique du Nord et la complexité sociale

« Chasse au bison », peinture de George Catlin

« Le propulseur vous donnera la société sans richesse ; 
l'arc, la société complexe et stratifiée. »
(librement adapté d'après Karl Marx)


Dans l'imaginaire occidental, les Indiens d'Amérique représentent le prototype par excellence des sociétés de chasseurs à l'arc. Les westerns, les uns après les autres, ont imprimé l'idée d'un continent nord-américain tout entier peuplé de gais sauvages vivant dans des tipis, galopant à dos de cheval et lardant de flèches des troupeaux de bisons. Or, ce cliché ne correspondait qu'à une réalité très limitée, à la fois dans l'espace et dans le temps.

samedi 22 novembre 2014

Un beau documentaire en ligne...

...et en anglais, malheureusement (mais pas trop difficile à suivre tout de même).

Ce documentaire émouvant, qu'on peut regarder gratuitement en streaming, présente la vie de Donald Thomson (1901-1970), anthropologue australien, un personnage peu banal, et sa rencontre avec les Aborigènes de la Terre d'Arnhem.

http://www.cultureunplugged.com/documentary/watch-online/play/5173/Thomson-of-Arnhem-Land

jeudi 13 novembre 2014

Des paiements en Australie ?

Les lecteurs d'Alain Testart (et les familiers de ce blog) savent que ce dernier considérait que les sociétés primitives (sans classes et/ou sans État) se partageaient fondamentalement en deux ensembles (le « monde I » et le « monde II ») : celui des sociétés sans richesse, dans lequel on ne peut se libérer d'une obligation sociale (liée, en particulier, aux mariages ou à la compensation des meurtres) en versant des biens ; et celui des sociétés à richesse, où ce versement devient possible, sinon obligatoire. Alain Testart tenait cette distinction pour si essentielle qu'il pensait que l'opposition entre monde I et monde II était plus radicale encore que celle entre sociétés primitives et sociétés de classes.

Pour autant, il est bien évident que le basculement du monde I au monde II n'a pu se faire de manière instantanée. Il a nécessairement existé des formes transitoires, si fugaces aient-elles pu être. C'est l'une de ces formes, et l'un de ces modes de transition, qu'a explorés Pierre Lemonnier dans un article aussi court que lumineux à propos des Baruya – égratignant, par la même occasion, les étranges conceptions d'un Pierre Clastres sur l'évolution sociale.

Selon Alain Testart, l'Australie occupait une place particulière au sein du monde I : tout entière marquée par des obligations à vie, elle représentait la forme censée être la plus éloignée du monde II et donc la moins susceptible d'évoluer dans sa direction. Il est donc d'autant plus intéressant d'y relever les quelques occurrences qui y montrent l'existence incontestable de paiements : celles-ci fournissent sans doute des indices précieux sur les voies d'une éventuelle transition des formes australiennes vers la richesse.

lundi 3 novembre 2014

Le sexe du cerveau... et celui des rôles sociaux

Depuis quelques temps, un début de polémique semble se dessiner au sujet de l'éventuel « sexe du cerveau », c'est-à-dire de l'existence, indépendamment de l'apprentissage différencié que la société impose aux hommes et aux femmes, d'aptitudes intellectuelles statistiquement différentes selon le sexe des individus.

L'auteure la plus célèbre sur ce sujet est Catherine Vidal, qui a publié depuis des années quantités de textes et s'est imposée comme une référence – moins, manifestement, dans le domaine strictement scientifique qu'auprès du grand public, ou dans différentes instances plus politiques. Or, ses positions ont été récemment attaquées à plusieurs reprises, en particulier par Nicolas Gauvrit et Franck Ramus, deux spécialistes de la cognition. Pour faire court : ces deux chercheurs affirment que plusieurs études ont identifié des différences entre cerveaux masculins et féminins qui ne peuvent être imputées à l'environnement social (on pourra par exemple se référer à cet article écrit paru dans la revue de l'AFIS, Science et pseudo-sciences). En niant que ces différences existent, Catherine Vidal rendrait un mauvais service non seulement à la science, mais aussi à la cause féministe, car on ne saurait faire dépendre la nécessité de l'égalité hommes-femmes d'une affirmation sur une réalité biologique (l'asexuation du cerveau) qui peut être à tout moment démentie par de nouvelles découvertes (et qui, selon N. Gauvrit et F. Ramus, l'est d'ores et déjà).