jeudi 24 juillet 2014

Une initiation australienne (autobiographie de Dick Roughsey)

Dick Roughsey (de son vrai nom Goobalathaldin) était un Aborigène né autour de 1920 dans la petite île de Mornington, dans le golfe de Carpentarie. Membre de la tribu lardil, il vécut à une époque charnière : le premier Blanc, un missionnaire, arriva sur l'île alors qu'il était enfant, fondant une école primaire que fréquenta Roughsey. Celui-ci devint ensuite un peintre reconnu. Par les récits des anciens et, en partie, par la vie qu'il vécut lui-même, Roughsey connaissait parfaitement la vie aborigène. Il publia en 1970 une autobiograpie, Moon and Rainbow (la lune et l'arc-en-ciel) assez difficile à trouver, mais qui contient une foule d'anecdotes et d'informations toutes plus instructives les unes que les autres.

Je consacrerai plusieurs billets à ce livre ; pour commencer, j'ai retranscris le récit des initiations masculines. Celles-ci n'étaient pas les mêmes dans toute l'Australie, mais dans une large zone centrale, elles comprenaient invariablement une première cérémonie de circoncision pour les adolescents, suivie quelques années plus tard du « terrible rite » de la subincision. La conception totémique du monde (où les êtres humains sont classés en différents groupes assimilés aux espèces animales), les engagements de mariage liés à ces cérémonies, et la manière dont la sexualité des femmes était utilisée dans un rite dont seuls les hommes détenaient les secrets les plus intimes, tout cela est restitué dans le récit de Roughsey.

lundi 14 juillet 2014

Bronislaw Malinovski et le « matriarcat » des îles Trobriand

B. Malinovski photographié avec des Trobriandais en 1918
Un des inconvénients de l'énorme richesse du matériel ethnologique est qu'il est facile de passer à côté d'un texte, simplement parce qu'on ne savait pas qu'il traitait du sujet auquel on s'intéressait. C'est ce qui vient de m'arriver avec La vie sexuelle des sauvages du Nord-Ouest de la Mélanésie, écrit en 1930 par B. Malinovski, qui décrit abondamment les rapports entre les sexes dans les îles Trobriand. Le livre est si célèbre qu'il a été traduit en français — en ethnologie, c'est un critère qui ne trompe pas — et qu'on peut même le télécharger librement sur le net. J'ai donc dû attendre ce jour, à ma grande honte, pour découvrir cette mine d'observations passionnantes dont beaucoup auraient pu figurer en bonne place dans mon Communisme primitif....

jeudi 10 juillet 2014

La synchronisation menstruelle : mythes et réalités

Martha McClintock qui, en 1971, pensa
avoir mis en évidence le phénomène
de synchronisation menstruelle.
Baguenaudant sur le net comme il m'arrive souvent, je suis tombé cet après-midi sur un long échange de forum à propos du livre de Chris Knight, Blood Relations — que je critiquais dans mon propre bouquin.

J'avais en effet repéré ce qui me semblait être de sérieux problèmes dans le raisonnement de Knight. Mais les interventions du forum (globalement de très bonne qualité, il faut le dire) m'ont montré que dans ma grande ignorance, j'étais passé à côté d'un élément majeur : la synchronisation des menstrues, capacité bien connue des corps féminins vivant de manière rapprochée et pièce maîtresse de la reconstruction effectuée par C. Knight de la « grève du sexe » originelle, cette synchronisation des menstrues donc... n'a jamais été établie (cf. l'article de Wikipedia en anglais, fort complet, ou cet article, en français).

Voilà qui porte un rude coup au raisonnement qui en faisait une avancée évolutive majeure, censée avoir permis aux femmes d'imposer l'investissement parental des mâles et le passage de la Nature à la Culture...

dimanche 6 juillet 2014

À propos de la lutte « autonome » des femmes

Lors des échanges, écrits ou oraux, autour de mes travaux, j'ai parfois pu entendre ou lire en substance que ce que je racontais sur les sociétés primitives « prouvait bien » que l'égalité matérielle n'est pas nécessairement synonyme d'égalité des sexes, « donc » que l'égalité future des sexes ne viendrait pas « automatiquement » avec l'abolition des classes et qu'il fallait « par conséquent » que les femmes s'organisent de manière autonome afin de lutter pour leurs propres objectifs si elles ne veulent pas se retrouver à être les principales oubliées de la future révolution sociale.

Or, tout, ou à peu près, me semble biaisé ou faux dans un tel raisonnement. Que ce soit clair : je ne nie pas la nécessité, pour les femmes, de faire valoir leurs revendications propres, ni la légitimité d'organisations spécifiques menant le combat sur ce terrain. Ce que je veux dire est qu'une perspective matérialiste sur les rapports entre les sexes (fût-elle différente de celle que pouvait défendre Engels sur la base des connaissances de son temps) ne prouve pas que la question féminine est indépendante de celle des classes sociales ; c'est même exactement le contraire.

mardi 1 juillet 2014

Le XYZ de la lâcheté politique

Ainsi, le gouvernement vient d'annoncer le retrait des ABCD de l'égalité, ce support pédagogique de sensibilisation au sexisme qui avait cristallisé la fureur des réactionnaires catholiques et musulmans. Bien qu'il s'en défende, c'est évidemment une capitulation en rase campagne — une de plus. Pas un calotin ne lui en sera gré ; en revanche, ce geste contribuera à désorienter ceux qui voyaient dans ce gouvernement socialiste, à défaut de mieux, un rempart relatif sur ce terrain.

J'avais déjà discuté dans ce billet des reculades verbales et de la pusillanimité de Peillon sur la question dite du genre. À présent que la messe est dite, j'aimerais ajouter quelques considérations politiques.