mercredi 26 février 2014

Batailles rangées en Australie

Tommy McRae (vers 1890) : sans titre, silhouettes combattantes
Plusieurs idées tenaces courent à propos des affrontements armés chez les chasseurs-cueilleurs. Pour commencer, ces affrontements seraient rares, sinon exceptionnels (pourquoi diantre se battrait-on dans une société sans État et sans richesses à piller ?) ; ensuite, ils ne mettraient aux prises que des effectifs très restreints (la faible densité des chasseurs-cueilleurs ne limite-t-elle pas la taille des groupes de manière drastique ?) ; enfin, les « guerres », s'il faut les appeler ainsi, ne seraient que des simulacres plus ou moins poussés, au cours desquels on infligerait tout au plus quelques contusions ou blessures bénignes, ne tuant, pour ainsi dire, que par accident.

L'ethnographie australienne réfute pourtant de manière radicale ces idées reçues.  

Savoir ce qui, dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs, mérite ou non d'être qualifié de « guerre » pose de redoutables problèmes de définition. Il est certain, en revanche, que chez tous les peuples de chasseurs-cueilleurs, même ceux réputés comme les plus « inoffensifs », le niveau global de violence armée était tout à fait considérable.

samedi 15 février 2014

L'enregistrement des Pierres qui roulent

L'enregistrement de l'émission de Radio Campus, Les pierres qui roulent, à laquelle j'ai participé en compagnie de Chloé Belard, est disponible en ligne :


dimanche 9 février 2014

Note de lecture : L'amazone et la cuisinère (Alain Testart)

Les familiers de l’œuvre d'Alain Testart ne seront guère surpris à la lecture de ce petit livre posthume, tout récemment publié. En une vingtaine de courts chapitres, l'ouvrage, sous-titré « Anthropologie de la division sexuelle du travail », reprend et prolonge des thèses déjà largement exposées dans l'Essai sur les fondements de la division sexuelle du travail chez les chasseurs-cueilleurs (1986), puis Des mythes et des croyances (1991).

Son propos consiste à rendre compte d'un grand nombre de pratiques sociales se retrouvant sur tous les continents, en particulier — mais pas seulement — celles qui président à la division sexuelle du travail. On sait que partout, les femmes sont exclues de certaines activités, à commencer par la chasse effectuée au moyen d'armes qui font jaillir le sang. L'ouvrage s'emploie à montrer la relation qui existe entre cette exclusion et de nombreuses autres, qu'il s'agisse de personnages qu'il faut eux aussi tenir éloignés du jaillissement sanglant (le prêtre, le meurtrier), ou de divers interdits qui, en plus de celui de la chasse sanglante, pèsent sur les femmes (depuis la pratique de la métallurgie jusqu'à l'interdiction de monter sur un navire).

La thèse d'Alain Testart n'a pas fondamentalement varié depuis trente ans : selon lui, ces croyances forment un système symbolique, qui pousse toutes les sociétés à exclure le sang des femmes (et ce qui l'évoque, ou s'y rattache) de celui du gibier. Plus généralement, l'humanité cherche partout à éviter le rapprochement de ce qu'elle considère comme symboliquement semblable.

vendredi 7 février 2014

Un nouvel élément archéologique
sur l'ancienneté de la division sexuelle du travail

Durant son intervention lors de la soirée que nous avons animée à Toulouse la semaine dernière, Jean-Marc Pétillon a mentionné, entre autres indices archéologiques, une étude publiée tout récemment dans le Journal of Archaelogical Science. Celle-ci, menée notamment par Sébastien Villotte, un préhistorien de l'université de Bordeaux, et qui fait suite à sa thèse et à un précédent article de 2010 sur le même thème, consiste à comparer, sur les squelettes des membres supérieurs de différentes populations, certaines lésions osseuses appelées « épicondyloses ». Une forme particulière de cette lésion est en effet liée à la répétition de lancers brusques, et s'observe par exemple aujourd'hui parmi les joueurs de base-ball.

Je ne rentrerai pas dans les détails de la méthode suivie par ces chercheurs (j'en suis bien incapable), mais ils sont tout à fait affirmatifs : ces lésions se concentrent de manière très marquée sur les bras droits des squelettes masculins, depuis les plus anciens qu'il a été possible d'étudier jusqu'à l'époque néolithique. Je reproduis ici une partie de leur conclusion :
« La division sexuelle du travail dans l'utilisation des armes de jet est l'une des caractéristiques universelles les plus frappantes qui ressortent des études interculturelles (...) Nos résultats indiquent que les différences entre les sexes qui traduisent cette tendance remontent au moins à 30 000 ans. De plus, cette division sexuelle du travail constitue un trait persistant des groupes humains à travers les millénaires, et à travers des sociétés possédant des économies de subsistance radicalement différentes et vivant dans des environnements très divers. »
Insistons sur le fait que cette étude, si elle est fondée, indique une ancienneté minimale pour le monopole masculin des armes de jet ; elle laisse dans l'ombre les (dizaines, centaines, milliers... de) millénaires précédents, pour lesquels les squelettes sont trop peu nombreux pour être interprétés.


mercredi 5 février 2014

Invité sur Radio Campus

J'aurai le plaisir de participer ce samedi à l'enregistrement à l'émission de Radio Campus Les pierres qui roulent — un titre prédestiné pour un joueur de rock à ses heures, sur le thème :




dimanche 2 février 2014

Une émission de radio à ne pas rater

J'avais depuis longtemps entendu dire le plus grand bien de l'émission de Jean-Claude Ameisen, Sur les épaules de Darwin, diffusée chaque samedi de 11h à 12h sur France Inter. Mais écoutant peu la radio, je n'avais jamais eu l'occasion de le vérifier par moi-même. Ce fut chose faite hier, et je dois dire que j'ai été impressionné par la qualité du texte qui traite d'un sujet en lien avec ce blog : la naissance de l'agriculture. Internautes, à vos écouteurs !