vendredi 31 janvier 2014

Un genre de renoncement

Nous vivons décidément une époque formidable.

Après une violente campagne contre la loi dite du « mariage pour tous », les obscurantistes de tout poil ont lancé l'offensive contre le prétendu enseignement par l'Education nationale d'une « théorie du genre », appelant non sans succès les parents à retirer certains jours leur progéniture de l'école. Qui se ressemble s'assemble ; cette campagne a bénéficié des forces conjointes des intégristes catholiques et musulmans, avec à la baguette une disciple du nazillon Soral. Et comme Dieu est amour, il l'est aussi de la trique et du fouet : le combat spirituel fut assorti d'une série de menaces bien senties à l'encontre des parents d'élèves, en particulier de la FCPE, qui avaient eu le courage de s'opposer à ces menées.

On allait donc à l'école de Satan, habiller (ou plutôt déguiser, que Dieu ait pitié de nous) des petits garçons en filles, des petites filles en garçons, parler à tous ces innocents esprits de sexualité et leur apprendre (sic) à se masturber. 

Le marquage de genre, cela commence au berceau
Ces fantasmes ont, bien sûr, immédiatement été démentis par les autorités. Non sans que la droite y aille de sa petite calomnie faux-derche, condamnant les rumeurs tout en accusant le gouvernement, par son action, d'être responsable de leur existence.

Il est cependant frappant de constater à quel point, même parmi ceux qui s'opposent à ces réactionnaires, bien peu s'élèvent contre le fait que la société déguise massivement, chaque jour et partout, les garçons en garçons, et les filles en filles. Même si l'on en conteste parfois les manifestations les plus outrancières, le marquage sexuel par les vêtements, dès le plus jeune âge, est si banal qu'on ne songe pour ainsi dire jamais à le remettre en cause — la plupart des défenseurs de l'égalité des sexes, à commencer par les représentants gouvernementaux, s'en défendent même farouchement. Ce qui est admis comme une chose allant de soi constitue pourtant une partie du terreau sur lequel prospèrent les préjugés les plus crasses. 

lundi 20 janvier 2014

Capitalisme et patriarcat : quelques réflexions

L'évolution de l'homme... et de la femme
Mon Communisme primitif... traite certes avant tout des sociétés sans classes mais, en miroir en quelque sorte, il aborde également la question du rôle historique du capitalisme ; l'idée centrale que j'y défends est que notre idéal moderne dit (de manière très peu appropriée) d' « égalité des sexes » est fondamentalement le produit des structures économiques capitalistes. Je ne reviendrai pas ici sur cette idée, mais sur une autre question, que j'abordais en passant, et qu'une récente rencontre lors d'une soirée-débat a ravivée : je veux parler de la possibilité théorique que l'oppression des femmes puisse disparaître dans le cadre de la société capitaliste.

 À celle-ci, le courant féministe bourgeois (c'est même ce qui le définit) a toujours répondu par l'affirmative : à ses yeux on pouvait, et l'on devait, militer pour la réalisation de « l'égalité des sexes » sans pour autant remettre en cause la propriété privée capitaliste et le travail salarié. Le courant socialiste marxiste, à l'inverse, a toujours cherché à lier le combat pour la fin de la domination masculine à celui pour la fin de la domination capitaliste, les paramètres de cette équation donnant lieu au demeurant à des débats nourris.

Il y a quelques décennies, en particulier dans les années 1960-1970, s'est développé un courant féministe se revendiquant du matérialisme, voire du marxisme — quand bien même ses analyses l'ont parfois amené à s'écarter de celui-ci sur des points fondamentaux. Ce courant entendait mener l'analyse des mécanismes économiques dans lesquels s'insère l'oppression des femmes au sein de la société capitaliste, en particulier l'extorsion de travail gratuit qui s'opère autour du travail domestique.

Je suis très loin d'avoir lu de manière systématique les écrits des féministes matérialistes et d'en connaître toute la diversité et les nuances. Je voudrais simplement discuter ici d'une idée qui, semble-t-il, est souvent défendue dans ce milieu, selon laquelle l'extorsion de travail gratuit au détriment des femmes constituerait une nécessité économique vitale pour le capitalisme ; autrement dit que le « patriarcat » serait un constituant fondamental et impératif du capitalisme.

Je ne sais pas au juste quelles conclusions exactes celles et ceux qui défendent cette idée en tirent, si toutefois ils et elles en tirent tous les mêmes. Il va de soi que cette thèse les oppose aux féministes bourgeois (mais on peut s'opposer aux féministes bourgeois sans pour autant y adhérer). Indépendamment de ce point, il me semble que leur raisonnement souffre d'une faiblesse logique, sur laquelle je voudrais mettre le doigt dans ce billet.

mardi 14 janvier 2014

Un article dans la Revue du projet

Publié dans le numéro 34, daté de janvier 2014.

     

mardi 7 janvier 2014

Réponse sur les origines de la division sexuelle du travail

     — Hé ! C'est moi le chasseur. Tu es censée être la CUEILLEUSE !
     — Il était sur le truc que je voulais ramasser.
Je le répète : ce n'est pas tous les jours (litote) que l'on reçoit des contributions aussi sérieusement argumentées que celle que m'a adressée Christian Schweyer (publiée sur ce post). Encore une fois, je l'en remercie — et le prie de m'excuser pour avoir mis si longtemps à lui répondre. Voici donc quelques lignes qui, je l'espère, clarifieront certains points. J'ai fait le choix d'être relativement court ; non que je méprise son long argumentaire, mais parce que je pense qu'au fond, celui-ci se ramène à quelques points fondamentaux, et que c'est de ces points que je voudrais discuter.

1) Ne jamais oublier qu'on raisonne dans le noir

Nul ne sait davantage que moi à quel point ce chapitre constitue le point aveugle de mon livre. Je sais que le lecteur peut ressortir aussi frustré de sa lecture que je l'ai été de son écriture. Après avoir écarté les explications de la division sexuelle du travail tant par les seules causes naturelles que par la seule idéologie, je me borne à esquisser une vague synthèse normande, en concluant que les deux ont nécessairement joué un rôle. C'est insatisfaisant au possible, mais le problème est que sur ce point, on peut faire tous les raisonnements qu'on veut : on ne sait rien, car ni la paléontologie, ni l'archéologie ne nous apprennent quoi que ce soit.

dimanche 5 janvier 2014

Une lettre à propos de l'origine de la division sexuelle du travail

J'ai reçu il y a déjà trois mois une critique amicale, mais circonstanciée, du chapitre de mon Communisme primitif... consacré aux origines de la division sexuelle du travail. Je la reproduis ici, avec l'autorisation de l'auteur. Naturellement,une argumentation aussi serrée mérite une réponse que je ferai de mon mieux pour rédiger dans les meilleurs délais (elle n'a déjà que trop tardé, honte à moi). Et avant toute chose, je dois dire que c'est un plaisir de recevoir des contributions de cette qualité, qui obligent à revenir sur des problèmes pour les examiner sous des angles parfois nouveaux. Donc : merci Christian, et à bientôt pour la réponse !

Salut Christophe  

Chose promise, chose due, je t'envoie mes remarques sur le point essentiel avec lequel je suis en désaccord.

D'abord, avant cela, je pense que l'exercice que tu as tenté est réussi. Il était ambitieux. Reprendre Engels (et d'autres) en triant le vrai du faux et restaurer la démarche marxiste sur l'un des points traités par lui (les rapports hommes-femmes et la famille) en intégrant les études faites depuisL'exercice était délicat. La gens marxiste (notre famille politique) a le plus souvent, tendance à traiter les œuvres des grands anciens comme des classiques inamovibles auxquels il ne faut pas toucher.
Donc je suis d'accord avec la méthode et d'accord avec les points essentiels. La domination des hommes, à différents degré, est une constante et elle n'a pas eu besoin de l'apparition des classes pour s'établir. Je suis convaincu de la justesse de l'analyse sur les lances et les bâtons. Convaincu que la maîtrise de l'économie, dans ces sociétés égalitaires, est un élément important pour comprendre le caractère de la domination des hommes (écrasant ou bien limité) mais ne donne pas la clé de qui domine etc... Bref je suis convaincu de plein de choses à la lecture de ton livre (2e édition). 
Il y a cependant un point où je n'ai pas suivi ton raisonnement. Je te mets, ci-dessous, un copier-coller de mes notes sur ce point.                                                                      
Christian SCHWEYER  

jeudi 2 janvier 2014

Un agenda de janvier bien rempli

J'aurai en effet le plaisir de participer à plusieurs manifestations que je récapitule ici :
  • vendredi 3 janvier de 21h à 22h30
    participation à l'émission « Offensive sonore », sur Radio Libertaire.
  • mardi 7 janvier, de 9h à 12h
    conférence dans la série des Journées académiques d'études philosophiques (Créteil), sur le thème du don. L'intervention se fera en duo avec François Athané, auteur d'une vigoureuse (et rigoureuse) Histoire naturelle du don (PUF, 2011). Pour un petit avant-goût, on peut jeter un oeil à ce billet.
  • vendredi 10 janvier à 19h30, au CICP, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.
    Débat avec Marcel Roelandts, organisé par la revue Critique sociale, sur le thème : « Le communisme primitif a-t-il existé ? ».
  • jeudi 30 janvier à l'Espace des diversités et de la laïcité - Centre LGBT, 38, rue d'Aubuisson, 31000 Toulouse (31).
    Conférence-débat à partir de mon Communisme primitif..., autour des origines de la domination masculine et de la division sexuelle du travail. Avec la participation de Jean-Marc Pétillon, préhistorien.
  • vendredi 31 janvier, librairie Floury Frères, 36 rue de la Colombette, Toulouse (31)Présentation-débat de ma Conversation...
  • samedi 1er février
    présentation-débat de ma Conversation... à la librairie du Muguet, 7 rue du muguet, Bordeaux (33)