vendredi 29 novembre 2013

Au pays des chasseurs de têtes (E. Curtis)

C'est sous ce titre (In the land of headhunters) que fut publié en 1914 ce qui est sans doute le premier film ethnographique jamais réalisé, plusieurs années avant Nanook, et qu'un ami avisé vient de me faire découvrir. Le film est actuellement projeté, pour encore quelques jours, dans quelques salles parisiennes, mais on le trouve aisément sur Internet.

L'action se situe chez les indiens Kwakiutl, une des plus célèbres tribus de la côte Nord-ouest, installée dans la région de l'île de Vancouver. Comme tous leurs voisins, ceux-ci étaient des chasseurs-cueilleurs sédentaires ; dans des sociétés marquées par de fortes inégalités sociales, la richesse jouait un rôle de premier plan, en particulier au cours de ces « compétitions de dons » connues sous le nom de potlatch.

Le film montre assez peu de choses sur les structures sociales kwakiutl ; d'une durée de 45 mn, il est construit autour d'un scénario (?) quelque peu hollywoodien ; on sent que l'intrigue, qui tourne autour d'une histoire d'amour contrariée, a été conçue bien davantage pour séduire le public des Blancs que pour servir l'authenticité ethnographique. Il n'empêche, plusieurs scènes valent le détour, à commencer par celles, nombreuses, qui mettent en valeur les danses et les incroyables costumes de ces Indiens. L'on aperçoit aussi la taille imposante des maisons, et la majesté des mâts-totems qui les ornaient, ainsi que de leurs pirogues de guerre.

mercredi 27 novembre 2013

Une recension du Communisme primitif... par Actuel Marx

Dans son numéro 53 (janvier 2013), sous la plume de Jean-Philippe Deranty, la revue Actuel Marx a consacré une critique détaillée à mon Communisme primitif... :

jeudi 14 novembre 2013

Le collectivisme iroquois

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)
La classification proposée par A. Testart différencie, au sein des sociétés primitives, les sociétés sans richesse (le « monde I ») des sociétés à richesse (le « monde II »), une opposition reformulée dans ma Conversation en sociétés égalitaires vs. inégalitaires. Mais cette classification va plus loin et milite pour distinguer des variantes au sein de ces deux mondes — A. Testart avait coutume de dire que les sociétés du monde II, par exemple, étaient sans doute beaucoup plus éloignées les unes des autres que ne l'étaient entre elles les sociétés de classes. Aussi proposait-il de le répartir en trois ensembles : celui des « organisations minimales » (ignorant toute structure politique formelle), celui des « semi-États » (lignages, ou démocraties primitives) et enfin, celui des États (ignorant la propriété foncière, comme dans certains exemples africains). Le critère de différenciation s'affirme donc ici exclusivement politique.

Or, il est permis de penser que ces différences de structures politiques vont de pair avec des différences de structures économiques, et que ces dernières sont indispensables pour expliquer la physionomie et la dynamique de ces types sociaux. Pour donner une première (et sans aucun doute très imparfaite) formulation de cette idée, je dirais que dans les sociétés à organisation minimale, ce sont des individus qui, en raison de leur richesse, assument un certain nombre de fonctions (économiques ou politiques) à caractère collectif. Tandis que dans les semi-Etats, ces fonctions sont au moins partiellement prises en charge par des structures collectives qui freinent, limitent ou orientent le développement des inégalités sociales.