mercredi 31 juillet 2013

Un compte-rendu de la Conversation...

...sur le blog de Yann Kindo (bloggeur émérite, pourfendeur de préjugés, dégonfleur de baudruches, amateur de [plus ou moins] bonne musique, zélote de l'humour à froid et, très accessoirement, ami à moi. Mais bon, comment lui en vouloir ?)

PS : Yann, si tu vois ces lignes, relis attentivement le deuxième paragraphe de la page 32.

mercredi 24 juillet 2013

Trois naufragés australiens de plus !

Des Aborigènes à la pêche, XIXe siècle, région de Brisbane
Avec Narcisse Pelletier, William Buckley et James Morrill, je pensais avoir fait le tour des Blancs qui, s'étant retrouvés isolés parmi les Aborigènes, avaient partagé leur existence et avaient ensuite témoigné sur celle-ci. Or, cette liste vient de s'allonger avec le trio formé par Thomas Pamphlett, John Finnegan et Richard Parsons. En 1823, ces trois condamnés dérivèrent depuis la région de Sydney à bord de leur canot pour échouer sur l'île de Moreton, dans le Queensland. Recueillis par les Aborigènes, ils restèrent sept mois parmi eux avant d'être secourus par l'explorateur John Oxley, qui était précisément à la recherche d'un lieu pour établir une nouvelle colonie pénitentiaire — celle-ci, la future Brisbane, fut installée face à l'île de Moreton, en partie sur les indications de Pamphlett.

Pour parachever l'ironie de l'histoire, Pamphlett fut à nouveau condamné pour vol un an et demi plus tard et incarcéré... dans l'établissement qu'il avait contribué à fonder.

Le récit des naufragés, recueilli par un des membres de l'équipage, John Uniacke, contient en particulier un témoignage d'une grande qualité à propos d'un affrontement entre tribus auquel Finnegan avait assisté seulement deux jours plus tôt. En voici une traduction :

mercredi 17 juillet 2013

Égalité et inégalité chez les Yir-Yoront d'Australie

Quoi de plus simple que l'opposition égalitaire / inégalitaire ? Le bon sens, sur les conseils de M. de La Palice suggère que les sociétés qui ne sont pas égalitaires sont inégalitaires (et réciproquement) et qu'il n'y a guère matière à chercher plus loin.

Malheureusement, le bon sens est aussi ce qui fait dire que la Terre est plate ; et en ce qui concerne le caractère égalitaire ou inégalitaire d'une société, une récente lecture à propos des Yir-Yoront, une tribu australienne, est venue me convaincre que les choses pouvaient toujours s'enrichir d'une complication inattendue.

On sait que certaines sociétés primitives contrastent fortement avec la nôtre en ce qu'elles nivellent de manière radicale les différences matérielles entre leurs membres : on est donc tenté de les qualifier d'égalitaires, et ce d'autant plus que ces mêmes sociétés ignorent invariablement toute hiérarchie formelle, tout gouvernement pouvant s'appuyer sur la contrainte, autrement dit sur la force.Oui mais voilà, cette égalité économique et cette absence de structures politiques n'empêchent pas d'autres formes d'inégalités, parfois redoutables, de traverser les sociétés.

Deux d'entre elles sont banales et bien connues : c'est, tout d'abord, l'inégalité selon l'âge, qui donne aux anciens une série de privilèges et/ou de droits sur les plus jeunes. À un degré ou à un autre, je crois qu'aucune société « égalitaire » n'est dépourvue de cette inégalité-là — dont on peut néanmoins remarquer qu'il s'agit d'une inégalité qui se compense au cours de la vie, puisque les vieux sont tous d'anciens jeunes. Ainsi, à un moment donné, la société exhibe certaines inégalités. Mais au cours du temps, on peut tout aussi bien affirmer que l'égalité reprend ses droits, puisqu'au cours de sa vie (pour peu qu'elle ne soit pas prématurément interrompue), chaque individu occupera successivement les différentes positions sociales liées à son âge.

Ce n'est pas le cas de la seconde inégalité, qui marque les rapports entre hommes et femmes dans nombre de ces sociétés. Je ne reviendrai pas ici sur ce point que j'ai longuement traité dans mes bouquins.

Les Yir Yoront sont une de ces multiples sociétés aborigènes australiennes qui vérifient ces trois caractères — égalité matérielle quasi-absolue, domination des vieux sur les jeunes et des hommes sur les femmes. Localisés su la côte occidentale du Cap York, ils ont été étudiés dans les années trente par l'anthropologue Lauriston Sharp, alors que leur contact avec les Blancs restait encore relativement limité. Or, L. Sharp montre qu'en plus des deux formes classiques d'inégalités, les Yir Yoront en présentaient une troisième, tout à fait intrigante.

vendredi 12 juillet 2013

Les Natchez : une combinaison unique d'inégalités de genre et de classe

Comme je l'ai écrit dans la préface de la deuxième édition de mon Communisme primitif, la première impression du texte comprenait un certain nombre d'erreurs ou d'imprécisions coupables. Parmi celles-ci figure le passage que je consacrais aux Natchez ; d'une part je qualifiais leur société d'étatique, d'autre part je mettais l'accent sur la liberté sexuelle prémaritale des femmes, sans donner plus d'informations sur leur situation une fois mariées ni sur leur place globale dans la société.

dimanche 7 juillet 2013

Les Natchez et les « morts d'accompagnement »

« Le transport du grand soleil »
Histoire de la Louisiane, Le Page du Pratz, 1758
Les Natchez sont un des nombreux peuples évoqués dans ma Conversation.... Vivant le long du cours inférieur du Mississippi, ils étaient remarquables à plus d'un titre. Tout d'abord, ils sont représentatifs de ces sociétés du sud-est du continent nord-américain, caractérisées tout à la fois par leur agriculture intensive, leurs villages construits en dur, leurs mounds (ces éminences artificielles de terre, parfois considérables) et surtout, peut-être leur hiérarchie sociale extrêmement formalisée. Ensuite, ils sont fort bien documentés, les Français ayant établi une présence permanente dans la région au début du XVIIIe siècle. Plusieurs récits disponibles aujourd'hui en ligne, dont celui de Du Pratz (en anglais) et de Charlevoix, donnent de leur société une image particulièrement détaillée.