Un message à propos de Narcisse Pelletier

Je reçois ce matin un commentaire à propos de mon billet sur Narcisse Pelletier, qui mérite de devenir un message à part entière, signé de Stephanie Anderson, traductrice / éditrice du récit de Pelletier en Australie.

Bonjour Christian

Vos lecteurs s’intéressent à juste titre au récit fascinant de Narcisse Pelletier. La question est posée si l’ouvrage original de Constant Merland, le scribe de Pelletier après son retour en France en 1875, est accessible en ligne. Je peux vous informer que oui. On peut consulter le site web de l’Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies et cliquer sur le catalogue Mura ayant d’abord accepté les conditions d’entrée au site. Le lien vers ce site est le suivant : http://www.aiatsis.gov.au/collections/muraread.html

L’ouvrage de Merland s’intitule Dix-sept ans chez les sauvages : aventures de Narcisse Pelletier (Paris, E. Dentu, 1876).

Pour ceux qui voudraient savoir plus sur la vraie histoire de Narcisse Pelletier et sur le groupe aborigène qui l’adopta, les Uutaalnganu du Cap York, chez qui il vécut pendant 17 ans, j’ai traduit son récit en anglais, annotant en détail le texte pour supplémenter les données ethnographiques qu’il fournit. J’y ai ajouté un essai d’introduction qui est une mise au point des connaissances actuelles concernant le naufragé et son sort après sa rapatriement. Un ethnologue expert de cette région du Cap York, Athol Chase, a partagé ses connaissances en écrivant un commentaire ethnographique et ethnohistorique pour accompagner ma traduction. Le livre est Pelletier : the forgotten castaway of Cape York, Melbourne Books, 2009, que vous mentionnez sur votre blog. Voir le prospectus:
http://www.melbournebooks.com.au/uploads/8/0/1/2/8012093/np_infosheet.pdf

J’espère que mon livre sera traduit en français car cela servira à offrir à nouveau le texte de Merland aux lecteurs français, en le présentant dans son contexte ethnographique et historique.

J’ai répondu à la représentation indigne d’un peuple aborigène dans le roman de François Garde dans deux critiques qu’on peut consulter en ligne :
http://asso-afea.fr/Questions-concernant-Ce-qu-il.html
http://www.sogip.ehess.fr/spip.php?article415&lang=fr

Stephanie Anderson

J'invite ceux qui liront ces lignes à suivre les liens vers les critiques mentionnées, qui contiennent des informations aussi nombreuses qu'intéressantes. Et j'en profite pour ajouter ce lien vers une interview de Stephanie Anderson par un expatrié français d'Australie, qui les complétera agréablement.

2 commentaires:

  1. Merci d'avoir mentionné mon lien.
    Ps: je suis une expatriée

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  2. A mon avis la traductrice fait un contre-sens sur le propos de ce livre; ses critiques sont à mon avis injustes. Il ne s'agit pas d'un livre à visée scientifique ou documentaire, encore moins d'un texte qui se voudrait concurrent aux mémoires de Pelletier. Il s'agit de la reconstitution fictive, en première personne, de ce qu'aurait pu vivre et penser Narcisse Pelletier. Les clichés d'Européen du 19ème siècle envers les Aborigènes ne sont pas ceux de l'auteur, mais ceux du personnage. Il aurait été farfelu de prêter des connaissances et des modes de pensée de début du 21ème siècle à un adolescent vivant dans la seconde moitié du 19ème. C'est justement le propos du livre d'essayer de reconstituer un mode de pensée (le nôtre il y a encore pas si longtemps) en première personne, à travers le destin fantastique du jeune marin. Tout lecteur qui saura faire la distinction entre la voix de Pelletier et celle de l'auteur (laquelle n'apparait jamais dans le texte) saura prendre les descriptions de cette tribu aborigène non pas comme un reportage ethnographique mais comme la reconstitution d'une vision typique des européens du 19ème siècle. La même remarque vaut envers les autres personnages, notamment celui qui ramène Pelletier en France, à travers qui est posée la question des soubassements historiques des recherches ethnographiques. La toute dernière page est d'une grande force suggestive (ce n'est pas non plus un traité philosophique), notamment par la note tragique sur laquelle elle clôt le livre. Cette pagte donne la clef de tout le récit et insiste justement sur la modestie et la prudence avec laquelle une société doit juger les valeurs d'une autre société humaine: la rencontre, historiquement destructrice, entre modes de vie incompatibles entre eux (Narcisse ne peut pas être à la fois blanc et noir) est cependant inéluctable.

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