mardi 31 décembre 2013

Des dons, des échanges et des autres modes de transferts des biens

La manière dont on transfère les biens dans les différentes sociétés est une des questions les plus anciennes et les plus fondamentales de l'anthropologie sociale. Dans son fameux Essai sur le don (1923), Marcel Mauss avançait l'idée que, dans toutes les sociétés précapitalistes, le mode de transfert privilégié était le don ; mais un don étrange, qui n'en avait que l'apparence : en réalité, sous la forme du don se dissimulait l'échange, et sa « triple obligation » : celle de donner, celle de recevoir et celle de rendre. Le travail de Mauss fit autorité, au moins en France, et constitue encore aujourd'hui une telle référence qu'un mouvement s'est donné son nom comme acronyme (M.A.U.S.S. : Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales) et publie une revue savante depuis plus de trente ans.

Il a fallu attendre la Critique du don d'Alain Testart (Syllepse, 2007) pour que non seulement les analyses ethnologiques, mais plus encore, les catégories elles-mêmes utilisées par M.Mauss, soient soumis à une discussion rigoureuse. De celle-ci ressortait notamment que Mauss, ayant employé dès le départ des concepts équivoques (dont le monstrueux « don-échange ») ne pouvait que conclure au caractère ambigu des transferts de biens dans les sociétés primitives. Alain Testart plaidait, à l'inverse, pour une définition précise des différents modes de transferts de biens, seule capable de servir ensuite une analyse sociale juste. Les résultats d'Alain Testart furent ensuite repris et prolongés par François Athané, dans une Histoire naturelle du don parue aux PUF en 2011.

jeudi 26 décembre 2013

Questions de genre et de sexe chez les Iroquois

Achille pansant Patrocle
kylix à figures rouges du peintre de Sôsias,
v. 500 av. J.-C., Staatliche Museen (Berlin)
On m'a parfois demandé comment, à la lumière des différentes sociétés, il était possible d'articuler la question de l'homosexualité à celle de l'oppression des femmes. J'ai toujours répondu en disant que je me sentais bien incapable de donner une réponse générale ; la question me semble si complexe qu'elle mériterait une longue étude spécifique, étude que je n'ai pas menée et qui, à ma connaissance, reste à faire.

Pour donner néanmoins quelques pistes, une premier point de départ consiste à se défaire de l'idée que la répression de l'homosexualité irait nécessairement de pair avec la subordination des femmes (le « patriarcat », concept assez fourre-tout). Il faut aussi se défaire de l'idée  inverse, qui voudrait qu'une société sans domination masculine serait nécessairement tolérante pour les comportements homosexuels (ou avec la transgression des normes sociales du genre, ce qui n'est pas la même chose).

Croire que la domination masculine s'accompagne nécessairement d'une réprobation, voire d'une répression, de l'homosexualité, est clairement une idée fausse, inspirée par notre propre société. Un contre-exemple est fourni par ces Grecs de l'Antiquité qui, tout en reléguant les femmes au gynécée, faisaient l'éloge des « amitiés viriles » (en clair : homosexuelles). Celles-ci pouvaient concerner un homme d'âge mûr et un adolescent (la pédérastie proprement dite), ou deux hommes du même âge (ainsi que se laisse interpréter la relation entre Achille et Patrocle). L'ethnologie fournit elle aussi nombre de contre-exemples flagrants, à commencer par les Baruya de Nouvelle-Guinée, parfois appelé le peuple le plus machiste du monde, où les adolescents (mâles) étaient initiés au travers d'une série de rites homosexuels. Là, comme chez certaines des tribus voisines, l'homosexualité n'était pas seulement tolérée : elle était prescrite. Ajoutons que les sources ne parlent que de l'homosexualité pratiquée dans le cadre de l'initiation ; savoir comment la société aurait réagit à l'homosexualité au quotidien entre deux hommes adultes est une tout autre question (sur laquelle je n'ai pas de réponse).

vendredi 20 décembre 2013

La constitution iroquoise

Joseph-François Lafitau (1681-1746)
Les Iroquois sont un des peuples les mieux connus de l'ethnologie ; ils formaient, au XVIIe siècle, un des ensembles indiens les plus redoutables du continent américain. C'était une confédération (une « ligue ») de cinq, puis six tribus, qui après une vigoureuse série de guerres — dont, notamment, celle remportée en 1649 face aux Hurons, alliés des Français — avait établi sa suprématie sur un territoire vaste comme l'Allemagne actuelle.

On possède de très nombreux témoignages sur les Iroquois, en particulier via les Relations (les rapports) que les missions Jésuites rédigent à partir tout au long du siècle, tout d'abord chez les Hurons, culturellement très semblables, puis, après l'écrasement de ceux-ci, chez les Iroquois proprement dits. En 1724, paraît ce qui est considéré comme l'un des travaux précurseurs de l'ethnologie scientifique moderne : les Mœurs des Sauvages Amériquains, écrits par le jésuite Lafitau, qui entreprenait d'exposer les institutions et coutumes iroquoises, afin de montrer leur proximité avec celles de certains peuples de l'antiquité ; un siècle et demi plus tard, cette démarche sera au cœur du travail de Lewis Morgan, toujours à propos des Iroquois, et sera reprise par Engels dans l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État.

Si les Iroquois ont tant fasciné les penseurs évolutionnistes, c'est parce que, bien davantage que n'importe quel autre peuple de cette partie du monde, ils semblaient constituer l'exemple même d'une démocratie formalisée, dont on pouvait supposait qu'elle était celle des anciens Germains, ou des anciens Grecs. Lors du contact avec les Européens, la plupart des peuples du continent américain ignoraient l'État. Mais bien peu possédaient pour autant ces assemblées, ces règles de représentation, ce formalisme presque minutieux dans la gestion des affaires publiques, qui étaient la marque des Iroquois.

Les lignes qui suivent tentent donc d'exposer les contours de cette démocratie iroquoise qui, comme on pourra le constater, obéit à un entrelacs de règles et d'institution fort complexe.

vendredi 29 novembre 2013

Au pays des chasseurs de têtes (E. Curtis)

C'est sous ce titre (In the land of headhunters) que fut publié en 1914 ce qui est sans doute le premier film ethnographique jamais réalisé, plusieurs années avant Nanook, et qu'un ami avisé vient de me faire découvrir. Le film est actuellement projeté, pour encore quelques jours, dans quelques salles parisiennes, mais on le trouve aisément sur Internet.

L'action se situe chez les indiens Kwakiutl, une des plus célèbres tribus de la côte Nord-ouest, installée dans la région de l'île de Vancouver. Comme tous leurs voisins, ceux-ci étaient des chasseurs-cueilleurs sédentaires ; dans des sociétés marquées par de fortes inégalités sociales, la richesse jouait un rôle de premier plan, en particulier au cours de ces « compétitions de dons » connues sous le nom de potlatch.

Le film montre assez peu de choses sur les structures sociales kwakiutl ; d'une durée de 45 mn, il est construit autour d'un scénario (?) quelque peu hollywoodien ; on sent que l'intrigue, qui tourne autour d'une histoire d'amour contrariée, a été conçue bien davantage pour séduire le public des Blancs que pour servir l'authenticité ethnographique. Il n'empêche, plusieurs scènes valent le détour, à commencer par celles, nombreuses, qui mettent en valeur les danses et les incroyables costumes de ces Indiens. L'on aperçoit aussi la taille imposante des maisons, et la majesté des mâts-totems qui les ornaient, ainsi que de leurs pirogues de guerre.

mercredi 27 novembre 2013

Une recension du Communisme primitif... par Actuel Marx

Dans son numéro 53 (janvier 2013), sous la plume de Jean-Philippe Deranty, la revue Actuel Marx a consacré une critique détaillée à mon Communisme primitif... :

jeudi 14 novembre 2013

Le collectivisme iroquois

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)
La classification proposée par A. Testart différencie, au sein des sociétés primitives, les sociétés sans richesse (le « monde I ») des sociétés à richesse (le « monde II »), une opposition reformulée dans ma Conversation en sociétés égalitaires vs. inégalitaires. Mais cette classification va plus loin et milite pour distinguer des variantes au sein de ces deux mondes — A. Testart avait coutume de dire que les sociétés du monde II, par exemple, étaient sans doute beaucoup plus éloignées les unes des autres que ne l'étaient entre elles les sociétés de classes. Aussi proposait-il de le répartir en trois ensembles : celui des « organisations minimales » (ignorant toute structure politique formelle), celui des « semi-États » (lignages, ou démocraties primitives) et enfin, celui des États (ignorant la propriété foncière, comme dans certains exemples africains). Le critère de différenciation s'affirme donc ici exclusivement politique.

Or, il est permis de penser que ces différences de structures politiques vont de pair avec des différences de structures économiques, et que ces dernières sont indispensables pour expliquer la physionomie et la dynamique de ces types sociaux. Pour donner une première (et sans aucun doute très imparfaite) formulation de cette idée, je dirais que dans les sociétés à organisation minimale, ce sont des individus qui, en raison de leur richesse, assument un certain nombre de fonctions (économiques ou politiques) à caractère collectif. Tandis que dans les semi-Etats, ces fonctions sont au moins partiellement prises en charge par des structures collectives qui freinent, limitent ou orientent le développement des inégalités sociales.

mardi 29 octobre 2013

Un effondrement de la population au Néolithique ?

Interpellé par un sympathique goliard (pléonasme ?), je suis allé jeter un œil curieux sur une toute récente publication, où il est question des fluctuations démographiques durant le Néolithique européen.

On sait que l'arrivée de l'agriculture s'est globalement accompagnée d'une très forte tendance à l'augmentation de la population ; en moyenne, les premiers systèmes agricoles, si frustes peuvent-ils paraître aujourd'hui, étaient capable de nourrir beaucoup plus de gens qu'une économie de chasse-cueillette. Mais cette étude, menée sur la base de nombreux cimetières dans différentes régions (voir la carte ci-contre), suggère que cette tendance globale à l'accroissement aurait, dans la plupart des endroits, été entrecoupée par une très forte régression.

Le scénario moyen pour la zone étudiée est le suivant : les pratiques agricoles arrivent vers - 4 500. Elles n'auraient pas eu d'effet perceptible sur la population durant plusieurs siècles — d'après les données présentées dans l'article, celle-ci croissait déjà assez régulièrement depuis un, voire deux millénaires.

Puis ensuite, entre -4 000 et -3 400, c'est le boom : la courbe de la population connaît une brusque ascension... avant de subir, pendant environ 200 ans, une chute de l'ordre d'un à deux tiers — un ordre de grandeur au moins comparable à celui de la Peste noire au XIVe siècle.

Les auteurs montrent enfin que cette fluctuation ne peut pas être rapportée à des événements climatiques (connus). Fort prudemment, ils ne s'aventurent pas sur ses causes.

Je n'ai aucune compétence pour savoir si l'énorme fluctuation dont parle l'article est une réalité, ou un biais statistique. J'imagine que des archéologues et des statisticiens examineront la question.

Quant à expliquer le phénomène, si celui-ci était avéré, on ne peut évidemment que formuler des hypothèses. La première qui me vient à l'esprit est celle d'épidémies qui auraient accompagné les premières formes d'élevage, en particulier bovin. On sait que la variole, notamment, qui a décimé les populations américaines et australiennes à l'arrivée des Blancs, est le produit de la concentration des troupeaux de bovins, et de leur proximité avec l'Homme. On peut ainsi imaginer qu'il est arrivé aux premiers paysans et éleveurs du Néolithique ce qui arriva quelques millénaires plus tard à d'autres populations non immunisées contre ce virus. A-t-on les moyens, en analysant les squelettes de cette période, d'en identifier les causes de décès et de valider ou d'infirmer cette hypothèse ? Certains travaux l'ont-il déjà fait ? J'avoue ma totale ignorance et espère qu'un internaute compétent (et charitable) saura m'éclairer.

samedi 26 octobre 2013

Note de lecture : Âge de pierre, âge d'abondance (Marshall Sahlins)

Avertissement : commencé comme un simple compte-rendu de lecture, ce billet a pris une certaine ampleur. En l'écrivant, je me suis rendu compte de la difficulté des questions qu'il soulève. En tout état de cause, les réponses qu'il contient doivent donc être considérées comme provisoires. Et qui sait, certaines commentaires m'aideront peut-être à y voir plus clair !

Ce livre, paru dans les années 1960, est sans aucun doute un des plus influents qui aient jamais été écrits en ethnologie. Plus souvent cité que véritablement lu, il s'inscrit dans l'abondante littérature qui entendait d'une manière ou d'une autre réhabiliter les sociétés de chasse-cueillette. Il possédait toutefois deux grandes originalités. La première était la notoriété et la qualification de son auteur, un anthropologue de renommée mondiale. La seconde était sa thématique, puisque ce n'était pas pour une fois sur le plan moral, ou spirituel, que les sociétés de chasseurs-cueilleurs étaient censées s'avérer supérieures aux types sociaux ultérieurs, mais sur le terrain même où leur infériorité semblait la plus évidente : celui de la performance économique.

En réalité, Âge de pierre, âge d'abondance rassemble six essais d'inspiration assez dissemblables, dont seul le premier expose et argumente la thèse qui l'a rendu célèbre. Les deuxième et troisième essais traitent du « mode de production domestique », censé caractériser les premières sociétés de cultivateurs. Le quatrième discute du célèbre exposé de M.Mauss au sujet du hau et de l'obligation de rendre un don, tandis que les deux derniers discutent de l'échange dans les sociétés primitives. Le présent billet sacrifiera néanmoins à la tradition : il ne discutera que du premier de ces chapitres, considéré comme la contribution majeure de l'ouvrage.

jeudi 17 octobre 2013

L'émission de Radio Goliards (Radio Libertaire) est en ligne

Enregistrée il y a quelques semaines, sous l'égide de William Blanc, avec la participation de Jean-Marc Pétillon, préhistorien.

Pour écouter l'émission et en profiter pour admirer quelques illustrations !

dimanche 6 octobre 2013

Les Rendez-vous de l'Histoire (Blois)

Comme chaque année, la ville de Blois accueille un salon consacré aux livres et aux travaux à caractère historique : Les rendez-vous de l'Histoire, dont l'édition 2013 se tiendra le week-end prochain.

J'aurai le plaisir d'y être présent le dimanche 13 octobre toute la journée, sur les stands Smolny et Envie de Lire.

samedi 21 septembre 2013

Une interview pour la Nouvelle Vie Ouvrière

Sur le site de la Nouvelle Vie Ouvrière, une présentation du livre et une interview réalisée à la Fête de l'Humanité par Sophie Babaz, au sujet de ma Conversation...


jeudi 19 septembre 2013

Pourquoi se tuait-on chez les Bushmen ?

Un Bushman à l'affût (© Mike Elliott)
Voilà l'excellente question que m'a posée un participant de l'Université d'été du NPA... et à laquelle je me suis aperçu que je n'avais aucune réponse satisfaisante.

On sait en effet que contrairement à un mythe tenace, les chasseurs-cueilleurs, si égalitaires soient-ils, ne sont pas exempts de violence physique et armée. Tous les peuples ne l'exercent pas au même titre ; dans certaines régions au moins, l'Australie était incontestablement marquée par un assez haut niveau de violence, qu'il s'agisse d'actes privés ou d'affrontements collectifs. Les Inuits, quoique dispersés sur un vaste territoire, n'étaient sans doute guère plus pacifiques — le visionnage du très beau film Atanarjuat peut contribuer à en donner une idée. En ce qui concerne le Bushmen, je me souvenais — et je l'avais dit au passage dans mon intervention — qu'eux aussi, malgré leur réputation de gens « sans méchanceté » [Harmless People, titre d'un célèbre bouquin qui leur avait était consacré] connaissaient la violence ; j'avais été frappé par le fait que le taux d'homicides dans leur société était supérieur à celui des États-Unis.

Oui mais voilà : pourquoi les Bushmen se tuaient-ils ?

La guerre, c'est bien connu, n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens. Aussi, chez tous ces peuples sans inégalités matérielles et sans richesse, ignorait-on les guerres à motifs économiques. En revanche, il pouvait exister d'autres raisons de supprimer des vies : les Australiens, tout comme les Inuits, se tuaient presque exclusivement pour venger un meurtre, réel ou imaginaire, ou pour un différent au sujet de leurs droits sur les femmes. Mais que dire des Bushmen, connus pour leur organisation familiale assez fluide, où les couples pouvaient se former et de séparer aisément, en particulier à l'initiative des femmes ?

mercredi 18 septembre 2013

Un événement sur Facebook

L'émission Radio Goliards enregistrée avant-hier sous la houlette de William Blanc, sera diffusée sur Radio Libertaire le jeudi 17 octobre à 16h30 (et mise en ligne sur le site des Goliards).

En attendant, elle est l'objet d'un événement facebook... à partager sans modération !

mercredi 11 septembre 2013

Deux dates proches dans l'agenda

J'aurai le plaisir de présenter ma Conversation sur la naissance des inégalités lors de la prochaine Fête de l'Humanité : ce sera dimanche 15 septembre, à 10h, au Village du Livre. N'arrivez pas en retard, la présentation ne durera qu'une demi-heure !

Et le lendemain, en soirée, je serai l'invité de Radio Libertaire en compagnie du très estimable préhistorien Jean-Marc Pétillon pour l'émission « Radio Goliards ».

mardi 3 septembre 2013

En mémoire d'Alain Testart (1945-2013)

Alain Testart vient de s'éteindre des suites d'une longue maladie. Il avait 67 ans, et encore de nombreuses recherches et projets de livres qu'il n'aura pas eu le temps de mener à bien.

L'auteur des Chasseurs-cueilleurs et l'origine des inégalités, du Communisme primitif, des Dons et des Dieux, des Éléments de classification des sociétés et, tout récemment, d'Avant l'histoire, laisse une œuvre immense. Ce travailleur acharné était un érudit, mais il était avant tout un extraordinaire raisonneur, qui toute sa vie s'est employé à sortir l'ethnologie tant de l'évolutionnisme spéculatif du XIXe siècle que de l'anti-évolutionnisme stérile du XXe, occupant ainsi une place tout à fait singulière dans sa discipline. Et s'il ambitionnait de construire une théorie générale de l'évolution sociale — générale, au sens où elle aurait tenu compte de l'ensemble des particularismes — celle-ci ne pouvait, à ses yeux, que s'appuyer sur une connaissance exhaustive des faits sociaux et sur leur analyse rigoureuse. Alain Testart ne détestait rien tant que l'approximation, que les à-peu-près qui permettent, sur tous les sujets, de dire à la fois tout et rien, et encore son contraire. Tous ses écrits, et c'est là leur immense mérite, défendent une thèse ; en toute clarté, sans tricherie aucune, en exposant les arguments et en combattant ceux de ses adversaires. On peut certes ne pas être d'accord avec tel ou tel de ses raisonnements ; mais ceux-ci s'offrent toujours à l'acceptation ou à la critique, en toute lumière. En cela aussi, Alain Testart était sinon unique, du moins bien rare.

Je ne développerai pas ici les nombreux doutes, ou désaccords, que peuvent soulever certains points de son oeuvre. Le plus évident est qu'Alain Testart ne se réclamait plus du marxisme depuis longtemps, et qu'il avait rejeté le matérialisme historique pour rechercher la pierre philosophale de l'explication des sociétés dans un hypothétique « rapport social fondamental ». Parmi ses thèses, importantes ou secondaires, nombreuses sont celles qui peuvent également être mises en cause. Mais quelle que soient leur validité, ces thèses sont fécondes, car elles prennent à bras-le-corps les questions de structure et d'évolution sociale, qu'elles bousculent les certitudes établies et les catégories si floues qu'elles n'expliquent plus rien.

Alain Testart a établi bien des résultats et défriché bien des pistes nouvelles. Sans doute certaines se révéleront-elles des impasses, ou des voies de traverse ; mais gageons que même ses erreurs, parce qu'elles procédaient des bonnes questions et d'une méthode raisonnée, permettront indirectement aux futurs chercheurs de s'approcher plus près de la vérité... à condition, précisément, qu'il se trouve de tels chercheurs pour s'inscrire dans ses problématiques et prolonger ainsi son œuvre.

Le site officiel d'Alain Testart : http://www.alaintestart.com

mercredi 28 août 2013

Note de lecture : L'homme et l'inégalité (Brian Hayden)

S'il a suscité relativement peu de réactions parmi la communauté universitaire, le petit livre de Brian Hayden, L'homme et l'inégalité, a semble-t-il connu un certain succès auprès du grand public. Il faut dire que les ouvrages de vulgarisation sur cette question ne sont pas si nombreux ; celui-ci bénéficie d'une édition de poche, et l'auteur, un archéologue renommé, a fait de son mieux pour proposer un texte simple, évitant le déluge d'informations et de vocabulaire techniques qui rend la littérature spécialisée si hermétique au profane.

S'inscrivant dans la droite ligne du néo-évolutionnisme américain, l'ouvrage reprend à son compte la classification des sociétés en quatre types (généralement : bande / tribu / chefferie / États). Si l'on suit aisément l'auteur lorsqu'il désigne les bandes comme des sociétés égalitaires (avec toutes les réserves nécessaires sur ce terme), on comprend beaucoup moins, en revanche, son insistance à parler, au lieu de tribus, de sociétés transégalitaires. Tous mes efforts pour décrypter l'étymologie du terme sont restés vains, et je n'ai guère été davantage éclairé par la définition donnée page 15 :

Sociétés avec propriété privée des ressources et des productions, rôle moindre du partage et hiérarchies institutionnalisées, basées surtout sur la production économique (mais comprenant aussi des hiérarchies basées sur le rituel, la parenté et le pouvoir politique).

On croit comprendre dans la suite du texte qu'il s'agit plus simplement de sociétés où existent des inégalités matérielles mais dépourvues de classes sociales. La catégorie regrouperait donc en quelque sorte « tribus » et « chefferies ».

lundi 5 août 2013

À propos des Selk'Nam de la Terre de Feu

Le flamant et le vent , deux des
principales incarnations du Shoort
(photo M. Gusinde, 1923)
Les Selk'Nam (ou Ona) étaient une tribu de chasseurs-cueilleurs de la Terre de Feu qui constitue un des cas de domination masculine dans une société par ailleurs parfaitement égalitaire et dont j'ai eu l'occasion de parler dans mon Communisme primitif et dans ma Conversation. 

Ils possédaient notamment une religion à initiation, marquée par une longue cérémonie, le Hain, où les hommes incarnaient différents esprits dont le Shoort, chargé de terroriser les femmes et de réaffirmer leur soumission — selon l'un des interlocuteurs de l'ethnologue Anne Chapman, c'est Shoort qui avait appris aux hommes à battre leurs femmes. Selon leur mythe fondateur, leur société était originellement un matriarcat en décalque inverse de la situation présente : les femmes chassaient, les hommes restaient au foyer pour s'occuper des enfants. Les femmes maintenaient les hommes en sujétion en se déguisant en esprits. Un jour, les hommes s'étaient rendus compte de la supercherie, avaient massacré toutes les femmes à l'exception des toutes petites filles, et avaient pris la place dominante des femmes, décidant de régner sur elles par les mêmes moyens qu'elles avaient utilisé contre eux.

jeudi 1 août 2013

Une superbe carte des aires culturelles de l'Australie

Tout est dans le titre !
Par les auteurs de l'Encyclopaedia of Aboriginal Australia (David Horton ed.).








mercredi 31 juillet 2013

Un compte-rendu de la Conversation...

...sur le blog de Yann Kindo (bloggeur émérite, pourfendeur de préjugés, dégonfleur de baudruches, amateur de [plus ou moins] bonne musique, zélote de l'humour à froid et, très accessoirement, ami à moi. Mais bon, comment lui en vouloir ?)

PS : Yann, si tu vois ces lignes, relis attentivement le deuxième paragraphe de la page 32.

mercredi 24 juillet 2013

Trois naufragés australiens de plus !

Des Aborigènes à la pêche, XIXe siècle, région de Brisbane
Avec Narcisse Pelletier, William Buckley et James Morrill, je pensais avoir fait le tour des Blancs qui, s'étant retrouvés isolés parmi les Aborigènes, avaient partagé leur existence et avaient ensuite témoigné sur celle-ci. Or, cette liste vient de s'allonger avec le trio formé par Thomas Pamphlett, John Finnegan et Richard Parsons. En 1823, ces trois condamnés dérivèrent depuis la région de Sydney à bord de leur canot pour échouer sur l'île de Moreton, dans le Queensland. Recueillis par les Aborigènes, ils restèrent sept mois parmi eux avant d'être secourus par l'explorateur John Oxley, qui était précisément à la recherche d'un lieu pour établir une nouvelle colonie pénitentiaire — celle-ci, la future Brisbane, fut installée face à l'île de Moreton, en partie sur les indications de Pamphlett.

Pour parachever l'ironie de l'histoire, Pamphlett fut à nouveau condamné pour vol un an et demi plus tard et incarcéré... dans l'établissement qu'il avait contribué à fonder.

Le récit des naufragés, recueilli par un des membres de l'équipage, John Uniacke, contient en particulier un témoignage d'une grande qualité à propos d'un affrontement entre tribus auquel Finnegan avait assisté seulement deux jours plus tôt. En voici une traduction :

mercredi 17 juillet 2013

Égalité et inégalité chez les Yir-Yoront d'Australie

Quoi de plus simple que l'opposition égalitaire / inégalitaire ? Le bon sens, sur les conseils de M. de La Palice suggère que les sociétés qui ne sont pas égalitaires sont inégalitaires (et réciproquement) et qu'il n'y a guère matière à chercher plus loin.

Malheureusement, le bon sens est aussi ce qui fait dire que la Terre est plate ; et en ce qui concerne le caractère égalitaire ou inégalitaire d'une société, une récente lecture à propos des Yir-Yoront, une tribu australienne, est venue me convaincre que les choses pouvaient toujours s'enrichir d'une complication inattendue.

On sait que certaines sociétés primitives contrastent fortement avec la nôtre en ce qu'elles nivellent de manière radicale les différences matérielles entre leurs membres : on est donc tenté de les qualifier d'égalitaires, et ce d'autant plus que ces mêmes sociétés ignorent invariablement toute hiérarchie formelle, tout gouvernement pouvant s'appuyer sur la contrainte, autrement dit sur la force.Oui mais voilà, cette égalité économique et cette absence de structures politiques n'empêchent pas d'autres formes d'inégalités, parfois redoutables, de traverser les sociétés.

Deux d'entre elles sont banales et bien connues : c'est, tout d'abord, l'inégalité selon l'âge, qui donne aux anciens une série de privilèges et/ou de droits sur les plus jeunes. À un degré ou à un autre, je crois qu'aucune société « égalitaire » n'est dépourvue de cette inégalité-là — dont on peut néanmoins remarquer qu'il s'agit d'une inégalité qui se compense au cours de la vie, puisque les vieux sont tous d'anciens jeunes. Ainsi, à un moment donné, la société exhibe certaines inégalités. Mais au cours du temps, on peut tout aussi bien affirmer que l'égalité reprend ses droits, puisqu'au cours de sa vie (pour peu qu'elle ne soit pas prématurément interrompue), chaque individu occupera successivement les différentes positions sociales liées à son âge.

Ce n'est pas le cas de la seconde inégalité, qui marque les rapports entre hommes et femmes dans nombre de ces sociétés. Je ne reviendrai pas ici sur ce point que j'ai longuement traité dans mes bouquins.

Les Yir Yoront sont une de ces multiples sociétés aborigènes australiennes qui vérifient ces trois caractères — égalité matérielle quasi-absolue, domination des vieux sur les jeunes et des hommes sur les femmes. Localisés su la côte occidentale du Cap York, ils ont été étudiés dans les années trente par l'anthropologue Lauriston Sharp, alors que leur contact avec les Blancs restait encore relativement limité. Or, L. Sharp montre qu'en plus des deux formes classiques d'inégalités, les Yir Yoront en présentaient une troisième, tout à fait intrigante.

vendredi 12 juillet 2013

Les Natchez : une combinaison unique d'inégalités de genre et de classe

Comme je l'ai écrit dans la préface de la deuxième édition de mon Communisme primitif, la première impression du texte comprenait un certain nombre d'erreurs ou d'imprécisions coupables. Parmi celles-ci figure le passage que je consacrais aux Natchez ; d'une part je qualifiais leur société d'étatique, d'autre part je mettais l'accent sur la liberté sexuelle prémaritale des femmes, sans donner plus d'informations sur leur situation une fois mariées ni sur leur place globale dans la société.

dimanche 7 juillet 2013

Les Natchez et les « morts d'accompagnement »

« Le transport du grand soleil »
Histoire de la Louisiane, Le Page du Pratz, 1758
Les Natchez sont un des nombreux peuples évoqués dans ma Conversation.... Vivant le long du cours inférieur du Mississippi, ils étaient remarquables à plus d'un titre. Tout d'abord, ils sont représentatifs de ces sociétés du sud-est du continent nord-américain, caractérisées tout à la fois par leur agriculture intensive, leurs villages construits en dur, leurs mounds (ces éminences artificielles de terre, parfois considérables) et surtout, peut-être leur hiérarchie sociale extrêmement formalisée. Ensuite, ils sont fort bien documentés, les Français ayant établi une présence permanente dans la région au début du XVIIIe siècle. Plusieurs récits disponibles aujourd'hui en ligne, dont celui de Du Pratz (en anglais) et de Charlevoix, donnent de leur société une image particulièrement détaillée.

dimanche 30 juin 2013

CVUH : les enregistrements de la journée d'étude sont en ligne

Les enregistrements de la journée d'étude du CVUH du 8 juin dernier, consacrée aux enjeux de la vulgarisation en Histoire, sont désormais en ligne.

Mon intervention est disponible à cette adresse.

dimanche 23 juin 2013

À propos de la côte sud de la Nouvelle-Guinée

La Nouvelle-Guinée est une mine inépuisable de matériel ethnologique ; j'avais (un peu) lu sur les Hautes-terres, cette région où l'on trouve, à l'extrémité orientale, les célèbres Baruyas, leur société sans richesse à la domination masculine incroyablement codifiée, et à l'ouest, les sociétés à Big Men, avec leur échanges cérémoniels de porcs. Mais je ne connaissais rien de la côte sud. J'ai commencé à combler cette lacune avec la lecture (bien insuffisante, mais il faut bien commencer...) de l'article de Pierre Lemonnier : « Le porc comme substitut de vie — formes de compensation et échanges en Nouvelle-Guinée » et celle du livre de Bruce Knauft, South coast New Guinea cultures : history, comparison, dialectic.

Cette première revue des sociétés de la région m'a apporté une série de confirmations sur la question de la situation des femmes. Pour mémoire, ces sociétés possèdent des économies qui comportent toutes une part d'horticulture. Pour certaines, celle-ci n'est qu'un complément relativement mineur des activités de chasse et de cueillette. Pour d'autres, cette activité est essentielle et donne lieu à des pratiques assez intensives.

On ne pratique pas le prix de la fiancée ou le wergeld d'une manière aussi généralisée que dans l'ouest des Hautes-terres. Toutefois, même si elles apparaissent limitées, ces deux institutions sont bien réelles et traduisent des sociétés dans lesquelles la richesse a commencé à jouer son rôle. Ainsi, l'ensemble de la région est marqué par la pratique dite des « échanges compétitifs », où un groupe s'emploie à donner à un autre un monceau de produits végétaux afin d'affirmer sa supériorité de la manière la plus ostentatoire qui soit.

lundi 17 juin 2013

Sur un forum...

Sur le Forum marxiste révolutionnaire, un fil qui parlait de moi... et qui parle maintenant avec moi !

samedi 1 juin 2013

mardi 28 mai 2013

lundi 27 mai 2013

Montaigne, Les Essais et les Tupinamba

Michel de Montaigne (1533 - 1592)
On dispose de plusieurs documents d'un très grand intérêt sur les sociétés indiennes qui vivaient en Amazonie, sur la côte Atlantique, avant que les bacilles et la conquête ne les détruisent irrémédiablement. Ce sont tout d'abord les mémoires de deux colons : André Thevet, auteur de Les singularitez de la France antarctique en 1557 et Jean de Léry, qui écrivit Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil en 1578. À cela s'ajoute un troisième récit, et non des moindres, déjà mentionné dans ce blog : celui de Hans Staden, un marin allemand lié aux Portuguais, ennemis des Tupinamba, retenu prisonnier par eux et promis à un sort funeste avant de trouver finalement un improbable salut.
Mais il existe un autre texte, certes plus bref et de seconde main, mais tout aussi digne d'intérêt : celui de Michel de Montaigne, qui durant la rédaction de ses célèbres Essais, s'était intéressé de deux manières aux Tupinamba. D'une part, il s'était entretenu avec trois d'entre eux par le biais d'un interprète lorsque ceux-ci, semble-t-il en 1562, avaient été présentés à Rouen au tout jeune Charles IX. D'autre part, Montaigne avait discuté avec un anonyme, « homme simple et grossier », « qui avait demeuré dix ou douze ans en cet autre monde, qui a été découvert en notre siècle, en l'endroit où Villegagnon prit terre » — à savoir, la colonie de la France antarctique.

mercredi 15 mai 2013

Une chronique de ma « Conversation... » sur Radio Canada

Dans l'émission « Plus on est de fous, plus on lit ! » de Marie-Louise Arsenault, mardi 14 mai, une chronique signée Jean-François Nadeau.

Écouter l'extrait (3'30")

dimanche 12 mai 2013

Le programme de la prochaine journée d'étude du CVUH

Il est en ligne, et j'aurai le plaisir d'y participer — ce sera samedi 8 juin.

jeudi 9 mai 2013

Un entretien sur la famille dans la revue Tout est à nous

La revue Tout est à nous, dans son numéro 43 (mai 2013), m'a offert une double page pour discuter des formes de famille, de la filiation, de la parenté, et de quelques autres choses encore.

Merci à elle !

mercredi 8 mai 2013

Une critique du Communisme primitif...

Dans le numéro 43 de la revue Tout est à nous (mai 2013), on trouve un très sympathique compte-rendu de mon Communisme primitif....

jeudi 2 mai 2013

Un compte-rendu dans L'Humanité

L'Humanité de ce jeudi 2 mai publie en page 19 un compte-rendu de ma Conversation...

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mercredi 1 mai 2013

L'annonce de l'intervention à l'ENS

La présentation de ma prochaine intervention au séminaire « Lectures de Marx » à l'École Normale Supérieure est annoncée en ligne.

mardi 23 avril 2013

Réponse à une (non) critique

On se souvient du mot de Pierre Desproges : « Moi, ce que je préfère dans le Requiem de Mozart, c'est le Bolero de Ravel ». Eh bien, Jens, mon critique du Courant Communiste International, qui publie la seconde partie de sa discussion de mon Communisme primitif, [rappel : la première partie était ici, et ma réponse  ] c'est un peu pareil : ce qui l'a surtout intéressé dans mon livre, c'est celui de Chris Knight (Blood relations, 1991). L'intitulé de l'article annonce la couleur :

À propos du livre Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était (II): le communisme primitif et le rôle de la femme dans l'émergence de la solidarité

...ou comment le titre de mon bouquin annonce le thème traité dans un autre.

mardi 16 avril 2013

Radio Libertaire : l'enregistrement

L'émission de « Pas de quartiers », sur Radio libertaire, à laquelle j'ai eu le plaisir de participer ce soir, est d'ores et déjà disponible au téléchargement. Merci encore à François Mercier pour son invitation et son accueil chaleureux.

lundi 8 avril 2013

Un entretien dans Les Lettres françaises

Les Lettres françaises n° 103 du 4 avril 2013, ont publié un entretien mené par Baptiste Eychart.

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jeudi 4 avril 2013

Une critique dans Le Monde Libertaire


Dans le numéro 1702 du Monde Libertaire, paru ce jour, et sous la plume de Marc Silberstein, un commentaire circonstancié de ma Conversation...

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samedi 30 mars 2013

Note de lecture : La ligne noire des bisons, de John Tanner

Le salon du livre, qui s'est tenu le week-end dernier, a été l'occasion pour moi d'une double découverte. Celle d'un éditeur, Le passager clandestin, dont la collection « les transparents » est riche de plusieurs récits sur des sociétés primitives, rédigés par des témoins qui en étaient eux-mêmes membres. Et celle d'un personnage, John Tanner (1780-1846 ?), et de son livre de souvenirs, La ligne noire des bisons — Trente années d'errance avec les Indiens ojibwa.

Tanner fait partie de ces quelques Occidentaux qui furent immergés pour une longue période dans des sociétés pré-étatiques, et qui finalement regagnèrent le monde des Blancs et publièrent leurs mémoires. J'ai déjà eu l'occasion sur ce blog de parler de plusieurs d'entre eux (voir par exemple ce billet pour l'Amérique, celui-ci ou celui-ci pour l'Australie). Mais je n'avais jamais entendu parler de John Tanner, qui fut enlevé par les indiens Shawnee à l'âge de neuf ans et vécut ensuite durant trente ans parmi les Ojibwa (à l'ouest des Grands lacs, à cheval sur le territoire des États-unis et du Canada). Même s'il se perd parfois dans les péripéties et le détail d'évènements personnels un peu fastidieux, le récit de Tanner est une source de première qualité sur plusieurs dimensions essentielles de cette société indienne.

jeudi 28 mars 2013

Un entretien dans les Lettres françaises

Le prochain numéro des Lettres françaises, qui paraîtra le jeudi 4 avril en supplément au quotidien L'Humanité, contiendra un entretien avec Baptiste Eychart.

lundi 25 mars 2013

Alain Gallay, Alain Testart et l'évolution des sociétés

Alain Gallay est un ethno-archéologue qui a de longue date reconnu l'intérêt des travaux d'Alain Testart, tout en développant ses propres réflexions sur l'évolution sociale — pour s'en convaincre, on pourra lire son intéressant et abordable petit livre intitulé Les sociétés mégalithiques (Presses polytechniques et universitaires romandes, 2e édition, 2012).

Sur son site web, Alain Gallay a commenté le dernier ouvrage d'Alain Testart, Avant l'histoire (chroniqué sur ce blog ici puis ) en s'intéressant tout particulièrement aux questions d'évolution sociale. Je me propose donc de commenter à mon tour ces commentaires dans ce billet, en prévenant l'éventuel lecteur qu'il ne s'agit pour moi que de réflexions provisoires.

1. Des clades, des grades et du taxon élémentaire

J'avoue avoir eu un peu de mal avec les premières parties du texte d'A. Gallay, n'étant pas familier de certains concepts utilisés par la biologie (j'ai donc du aller réviser sur Wikipedia la différence entre un grade et un clade, ce qui m'a fait le plus grand bien, et maintenant, je fais mon malin). Cela dit, pour autant que je puisse en juger, il me semble qu'A. Gallay introduit un certain nombre de confusions, comme lorsqu'il présente comme antagonistes les méthodes phénétiques et cladistiques, manifestement considérées aujourd'hui comme complémentaires. Surtout, j'ai eu la nette impression qu'il attribuait à A. Testart des idées qui n'étaient pas les siennes, par exemple lorsqu'il écrit que selon ce dernier :

jeudi 21 mars 2013

Sur le site www.senscritique.com

Ma Conversation... a fait son apparition sur le site www.senscritique.com. Pour l'instant, une seule critique, mais étant donné la nature du site, d'autres pourront suivre.

lundi 18 mars 2013

Une brève critique dans Convergences Révolutionnaires n° 86

On trouvera une courte critique de ma Conversation sur la naissance des inégalités dans le numéro de mars-avril de la revue Convergences Révolutionnaires.

dimanche 17 mars 2013

Les Aborigènes, le dingo et la chasse

Deux Aborigènes avec des dingos.
Rapport de l'Administration des Territoires du Nord, 1957
J'ai depuis longtemps été surpris de l'affirmation réitérée à plusieurs reprises dans l'œuvre d'Alain Testart, selon laquelle les Aborigènes australiens n'employaient pas le dingo pour la chasse, mais uniquement pour certains usages que l'on pourrait qualifier d'agrément (comme servir de couverture chauffante par les nuits trop fraîches). Avant l'histoire, son dernier livre, revient avec insistance sur ce point, en rappelant qu'il était exposé dès le Communisme primitif de 1985.

La source principale, sinon unique, d'A. Testart semble être Mervyn Meggitt, qui dans un article de 1965, expliquait que les Warlpiri, bien que possédant des dingos domestiques, ne les utilisaient pas pour la chasse — au contraire, pourrait-on dire, ils préféraient pour cette activité utiliser les services (involontaires) des dingos sauvages. De là, A. Testart conclut tout comme en 1985 que sur l'ensemble du continent, « le chien australien, le dingo (...) n'est pratiquement d'aucune utilité. » (p. 287), et que sa domestication fait donc partie de ces inventions « virtuelles » ou « latentes » qui caractériseraient une société aborigène peu intéressée au progrès technique.

mardi 12 mars 2013

Une présentation-débat à Marseille

J'aurai le plaisir de présenter le livre sous les auspices de l'association Approches, Cultures & Territoires (ACT). Cela se passera le :

mardi 21 mai 2013 à 18h30
salle Phocea - Cité des Associations

J'aurai le grand plaisir de prendre la parole aux côtés de Pierre Lemonnier, un anthropologue (un vrai !) spécialiste des Hautes-Terres de Nouvelle-Guinée. Et je profite de l'occasion pour donner ce lien vers un court et percutant article écrit par cet auteur (et évoqué dans ma Conversation...) à propos de l'évolution sociale, de la naissance de l'inégalité, de Pierre Clastres et du marxisme.

Voir l'annonce de la soirée sur le site de l'association ACT

dimanche 10 mars 2013

Une critique dans Zibeline n° 61

Dans son édition de mars 2013, Zibeline, le journal de l'actualité culturelle en région PACA, chronique favorablement le livre dans un article joliment intitulé L'égalité à naître.

mercredi 27 février 2013

Un extrait du livre

Voici trois pages du livre qui traitent de la propriété dans les sociétés égalitaires. De quoi donner un petit avant-goût de son contenu...




lundi 25 février 2013

Passage à l'émission « Pas de quartiers » sur Radio Libertaire

J'aurai le plaisir de participer à l'émission  « Pas de quartiers » sur Radio Libertaire :

mardi 16 avril 2013 de 18h à 19h30

pour y présenter ma Conversation sur la naissance des inégalités.

mercredi 20 février 2013

vendredi 15 février 2013

Une publication... et deux errata

Je n'ai pas vécu cela très souvent, mais la parution d'un nouveau livre est à chaque fois un moment singulier, chargé d'émotions contradictoires. C'est l'instant où, après qu'on l'a longuement (très longuement) travaillé, repris, corrigé, complété, recorrigé, reformulé, biffé, recomplété, le texte se fige, mettant fin aux innombrables hésitations qui accompagnaient sa rédaction. Mais c'est aussi le début d'une nouvelle vie... et de nouvelles interrogations ; car le livre affronte dorénavant le vaste monde, l'implacable jugement des lecteurs - ou leur indifférence.

En attendant, et pour en revenir à des considérations plus prosaïques, ce message me permet de rectifier deux erreurs qui se sont sournoisement glissées dans le texte imprimé :
  • p. 15 : au lieu de : « la domestication d’espèces animales ou végétales est intervenue en Amérique centrale et en Chine vers –8000, etc. », lire « la domestication d’espèces animales ou végétales est intervenue au Proche-Orient et en Chine vers –8000, etc. »
  • p. 44 : au lieu de « l’explorateur William Dampier, le premier Occidental à avoir abordé les côtes de l’Australie », lire : « l’explorateur William Dampier, l'un des premiers Occidentaux à avoir abordé les côtes de l’Australie » (Dampier était le premier Anglais, mais il avait été précédé par une poignée de navigateurs hollandais. On peut consulter cette page Wikipedia - en anglais - pour davantage de détails).
Alors, comment dit-on en pareil cas ? Ah oui : « Alea jacta est ! »



vendredi 25 janvier 2013

Réponse à un commentaire sur Avant l'histoire, d'Alain Testart

« Lions en chasse », grotte Chauvet, -36 000.  
Tout d'abord, merci à Cemaire de son (double) commentaire au sujet de mon compte-rendu de lecture sur le dernier ouvrage d'Alain Testart (AT), commentaire aussi informé que pénétrant, et qui appelle de riches échanges. Cher Cemaire, je m'adresse donc directement à vous dans ce message.

Vos remarques se situent à deux niveaux (que je reprends ici dans l'ordre inverse de celui du commentaire) :
  • Le fait que je mette en doute la classification opérée par AT parmi les sociétés « sans richesse » (type A versus type B).
  • Le fait que je conteste la démonstration d'AT, selon laquelle l'art pariétal paléolithique serait nécessairement l'émanation d'une société de type B.

mercredi 23 janvier 2013

James Morill, le Narcisse Pelletier anglais

En lisant l'introduction de Stephanie Anderson (voir ce post) à la traduction anglaise du récit de Narcisse Pelletier, je découvre l'existence d'un autre personnage au sort comparable.

James Morill, ou Murrels (1824-1865) était lui aussi un marin naufragé, et fut lui aussi recueilli par les Aborigènes du Queensland (la province située au nord-est du continent). Coïncidence étonnante, la durée de son exil forcé (17 ans) fut la même que celle de Pelletier, et les dates (de 1846 à 1863), se recouvrent largement - Ils avaient toutefois fort peu de chances de se croiser, Morill ayant vécu dans la région du Mont Elliott, soit des centaines de kilomètres plus au sud que Pelletier.

Les souvenirs de Morill forment un texte court, paru en 1863 sous le titre de Sketch of a Residence among the Aborigines of Northern Queensland for Seventeen Years - Being a Narrative of my Life, Shipwreck, Landing on the Coast, Residence among the Aboriginals, With an Account on their Manners and Customs, and Mode of Living (Séjour parmi les Aborigènes du Queensland du Nord durant dix-sept ans - un récit de ma vie, de mon naufrage, de mon échouage sur la côte, de mon séjour parmi les Aborigènes, avec une description de leurs pratiques et de leurs coutumes, et de leur mode de vie).

Le texte est disponible en ligne, au format pdf (en anglais, ). 

jeudi 17 janvier 2013

Note de lecture :
Une histoire populaire de l'humanité, de Chris Harman

Le livre de Chris Harman, Une histoire populaire de l’humanité, paru en 1999 et traduit en français en 2011, se propose de fournir une synthèse planétaire de l’aventure humaine « de l’âge de pierre au nouveau millénaire », en revendiquant ouvertement un point de vue marxiste. Pour louable que soit l’ambition, le résultat prête le flanc à un certain nombre de critiques ; en ce qui me concerne, celles-ci porteront uniquement sur la première partie (soit une quarantaine de pages sur les 700 que compte l’ouvrage), qui traite de l’évolution qui a conduit des premières sociétés humaines à l’apparition des classes.

Il ne s’agit évidemment pas d’intenter de mauvais procès. Résumer en quelques paragraphes des processus aussi divers que mal connus, sans même parler de les éclairer par des raisonnements corrects, tient bien entendu de la gageure. On ne saurait donc reprocher à l’auteur d’avoir payé le prix de toute vulgarisation, et d’avoir commis ici certaines généralisations un peu hâtives, là certaines approximations ou certaines omissions mineures. On est en droit en revanche d’attendre que ces simplifications ne faussent pas le tableau général. Or, c’est là que le bât blesse, et que l’image qui est donnée de l’évolution sociale préhistorique est entachée de biais qui la rendent difficilement acceptable. 

mercredi 9 janvier 2013

Un message à propos de Narcisse Pelletier

Je reçois ce matin un commentaire à propos de mon billet sur Narcisse Pelletier, qui mérite de devenir un message à part entière, signé de Stephanie Anderson, traductrice / éditrice du récit de Pelletier en Australie.

mardi 1 janvier 2013

Des témoignages ethnographiques in situ

Un internaute me demande s'il existe des témoignages comparables à ceux de N. Pelletier ou W. Buckley sur les autres continents. La question est si stimulante qu'elle mérite un message complet.

Je connais assez peu de récits du même ordre - mais ma connaissance est doublement limitée par le fait que je ne suis pas un anthropologue professionnel, et par l'immensité de la littérature ethnographique (la littérature « non savante » étant peut-être plus riche encore que la littérature savante). Au sens strict, les aventures de N. Pelletier et W. Buckley peuvent être qualifiées d'immersions involontaires ; tous deux se sont retrouvés à leur insu, durant de longues périodes, totalement isolés parmi un peuple qui n'était pas en contact avec une société étatique. Au premier abord, je ne vois que trois autres exemples qui répondent de manière stricte à ces critères, tous issus du continent américain :