samedi 18 février 2012

dimanche 12 février 2012

À propos de Narcisse Pelletier

Narcisse Pelletier n'a pas seulement eu une vie hors du commun : il a également laissé un témoignage des plus précieux et des plus rares du point de vue de l'ethnologie.

Engagé comme mousse, il fit naufrage en 1858, à l'âge de quinze ans, sur les côtes du nord-est de l'Australie. Il y restera dix-sept ans, adopté par une tribu locale, avant d'être à nouveau recueilli - ou plutôt, enlevé, par un navire anglais. De retour en France, Pelletier, qui avait presque tout oublié de sa langue natale, confiera ses souvenirs à un lettré qui les publiera sous le titre "Chez les sauvages".

Les souvenirs de Pelletier, bien que courts, sont d'un extraordinaire intérêt ; ils font partie de ces rares cas où des Occidentaux purent observer des sociétés primitives qui n'avaient encore virtuellement eu aucun contact avec une société plus avancée - généralement, les ethnologues arrivent bien après les missionnaires, les commerçants et les soldats, dans cet ordre ou dans un autre. Et les principaux éléments que rapporte Pelletier sur cette société de chasseurs-cueilleurs qui ignoraient jusqu'à l'arc, qu'il s'agisse de la situation des femmes, de la guerre, des tabous ou des punitions, corrobore ce que l'ethnologie savante ultérieure confirma des décennies plus tard.

Si je parle de Pelletier, c'est que j'ai découvert à la télévision qu'un romancier, François Garde, venait de publier un livre inspiré de sa vie : "Ce qu'il advint du sauvage blanc". Apparemment, il s'agit d'un récit très libre, qui ne s'appuie que de loin sur les faits réels.

Effet de cette parution ou non, la réédition du texte de Narcisse Pelletier, qui datait d'une dizaine d'années, est dorénavant indisponible. Cela coïncide presque avec sa première traduction en anglais, chez un éditeur australien, sous le titre : "Pelletier, the forgotten castaway of Cape York". Espérons que cette indisponibilité ne soit que provisoire. Il serait tout de même dommage que les lecteurs français soient dorénavant obligés de se procurer ce texte en anglais en le faisant venir des antipodes...