dimanche 30 octobre 2011

Un (petit) délai pour la deuxième édition

La deuxième édition du Communisme primitif n'est plus ce qu'il était, un temps envisagée pour début décembre, est maintenant prévue pour janvier 2012.

Il y a en effet pas mal de travail sur ce texte dont, je le répète, la forme a été profondément remaniée par rapport à la première version. 

vendredi 21 octobre 2011

Un nouveau livre en préparation...

Parallèlement à la nouvelle édition du Communisme primitif n'est plus ce qu'il était, je suis en train de mettre la dernière main à un nouveau texte. Son titre provisoire (mais chacun sait que le provisoire devient volontiers définitif) :

Des riches et des pauvres, y en a pas toujours eu
Conversations sur la naissance des inégalités et des classes sociales

Il s'agit d'un livre relativement court (à peine plus de 200 000 signes, soit quatre fois moins que le Communisme primitif) et surtout, qui se veut très accessible. Il essaye de présenter, grâce à de nombreux témoignages ethnographiques significatifs, parfois drôles ou émouvants, ce qu'ont pu être les sociétés égalitaires du passé, les premières inégalités, et les voies vers la constitution des classes sociales. Comme son titre l'indique, il est rédigé sous forme de dialogue (imaginaire ?) de l'auteur avec un interlocuteur qui joue le rôle du candide (mais candide n'est pas stupide !)

Le texte est actuellement en cours de finalisation, et il s'apprête incessamment à partir en quête d'un éditeur. À bon entendeur...

mercredi 19 octobre 2011

À propos d'Emmanuel Todd et de son Origine des systèmes familiaux

J'ai reçu le courrier suivant, sous forme d'un commentaire à l'un des posts. Il m'a semble plus justifié d'y consacrer un nouveau sujet :
Bonjour,
J'ai lu avec beaucoup d’intérêt ton livre.
As-tu un avis sur le dernier livre de todd ?
et la thèse qu'il y a derrière sur le fondement de l'inégalité ?
Merci de ta réponse
Bien cordialement
Caseira - www.vosstanie.org
En fait, je n'ai que très récemment appris qui était Emmanuel Todd. C'est à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, l'origine des systèmes familiaux, qui lui a valu d'être invité dans maintes émissions télévisées ou radiophoniques, que j'ai découvert ce chercheur et ses principales thèses.

Il faut être bien clair : je n'ai pas lu E. Todd. J'ai regardé quelques interviews, balayé internet à son sujet, et été feuilleter son (gros) livre, en particulier le premier chapitre. Mais tout ce que je peux en penser ne procède que d'une première impression. Ce n'est en aucun cas un avis motivé par une étude attentive.

La thèse essentielle de son dernier livre, telle qu'il la résume lui-même, est de partir à la recherche de la forme familiale originelle. Quête qu'il n'est pas le premier à entreprendre, puisque cette problématique occupa largement l'anthropologie de la fin du XIXe, avec des polémiques acharnées entre ceux qui arguaient de l'existence d'un stade de promiscuité primitive (Bachofen, Morgan) et ceux pour qui l'humanité des origines connaissait déjà (et uniquement) la cellule familiale actuelle, père - mère - enfant (Westermarck). C'est sans une hésitation que E. Todd se situe du côté des seconds. Soit.

J'ai été néanmoins un peu surpris de ses arguments : tout son ouvrage est en effet circonscrit aux sociétés historiques. La famille originelle et universelle qu'il prétend avoir débusquée, quand bien même le raisonnement serait valide, ne serait que la famille originelle des sociétés à écriture. Reste toute de même l'immense période qui les a précédées, connue sous le nom de préhistoire, et qui ne représente tout de même pas rien. Lors de son passage dans le journal d'Elise Lucet, E. Todd n'hésitait d'ailleurs pas à dire que la famille nucléaire (puisque c'est son nom) était déjà celle "de l'homme des cavernes", expression si surannée qu'elle laisse un peu coi quant au sérieux de l'intellectuel qui l'emploie de nos jours.

Sur ma faim, j'ai donc été feuilleter le premier chapitre de son livre, consacré aux recherches anthropologiques, et je n'ai vu (en diagonale, je le répète) qu'un résumé unilatéral, affirmant que l'anthropologie avait établi sans aucun doute possible depuis longtemps l'antériorité de la famille nucléaire. Vive Westermarck, Lowie et Radcliffe-Brown, et exit tous ceux qui ont pu, à un degré ou à un autre, contester cette vision totalement apologétique (j'en dis deux mots dans le livre, mais la prochaine édition comportera quelques phrases plus nettes à ce sujet). Aucun argument nouveau, aucun état même de la polémique et du débat scientifique depuis un siècle. On cite abondamment les chasseurs-cueilleurs "nucléaires" (pour la famille, pas pour l'énergie !) : Andamanais, Bushmen, et on "oublie" joyeusement tous les autres : les Australiens, qui étaient systématiquement polygames, les Inuits, dont la "famille" se permettait à peu près tous les péchés possibles vis-à-vis de la morale chrétienne, ceux d'Amazonie qui, mon Dieu, ne valaient guère mieux, etc. L'illusion est parfaite et le tour est joué. Circulez, y a rien à voir, et surtout pas ces horreurs telles que la polygynie, la polyandrie, les familles que nous dirions recomposées, etc., qui sont pourtant monnaie courante dans la plupart des sociétés primitives (sans parler d'études sur l'ADN qui établissent aujourd'hui une très forte présomption en faveur d'une large polygynie dans les sociétés du Paléolithique).

Pour le reste, j'ai cru comprendre que la thèse maîtresse d'E. Todd, qui fait hausser depuis des décennies les épaules de bien des spécialistes en géographie humaine, consiste à dire que la société est fondamentalement déterminée par sa forme familiale. Ce sont ainsi les formes de famille qui expliquent ici le vote pour tel ou tel parti, ailleurs la naissance du capitalisme ou ses difficultés d'implantation, etc. Une telle thèse me paraît tellement faible que j'ai du mal à croire qu'on puisse la défendre sérieusement.

En revanche, j'avoue ne pas savoir ce que dit E. Todd sur la naissance des inégalités... mais je suis naturellement prêt à poursuivre le dialogue avec qui voudra bien éclairer ma lanterne sur ce point (ou sur un autre) !